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01/04/2008

Pékin limoge à tour de bras ses coachs embauchés à la va-vite

Ils étaient souvent le dernier gage de médaille pour la Chine. Les entraîneurs étrangers ont eu la côte à Pékin : quelques 70 coachs se sont ainsi fait débaucher depuis 2005 pour travailler au sein des équipes olympiques chinoises. Mais les dernières semaines marquent un coup d’arrêt.  Pékin enchaîne les limogeages, et il n’en resterait plus que quarante d’entre eux dans la capitale chinoise.

Les Français n’ont pas échappé au phénomène : sur les quatre entraîneurs qui avaient relevé le défi, il n’en reste plus que deux en poste, Christian Bauer (escrime) et Daniel Morelon (cyclisme sur piste)… sachant que celui-ci travaille en France, à Hyères. Le cas d’Elisabeth Loisel (football féminin) est celui qui a fait le plus parler de lui, il y a dix jours… et pour cause : la Française n’était en poste que depuis quatre mois, elle était venue remplacer la Suédoise Marika Domanski-Lyfors qui quittait la Chine sur fond de tensions avec la fédération de football. Un peu avant elle, en février, c’est Gaétan Le Brigant, conseiller auprès de la fédération de basket depuis 2003, qui a dû quitter ses fonctions. Le coach de basket revient pour 20 Minutes sur les liaisons dangereuses entre Pékin et ses entraîneurs « laowai ».

 
Les équipes chinoises ont-elles vraiment de besoin d’entraîneurs étrangers ?

Le besoin s’est fait sentir car il y avait l’urgence des JO et que la Chine ne voulait pas se retrouver 8è, 9è ou 10è dans certaines disciplines. D’abord ils ont essayé de fonctionner avec des coachs chinois ;  dans toutes les disciplines, ça a été l’optique du départ, décidée après Athènes. Avoir des conseillers étrangers, à la rigueur, comme moi auprès de la fédération de basket, certes, mais en retrait : il fallait laisser la première place, celle que l’on voit sur le banc de touche, à un Chinois. Et puis ils se sont rendu compte en s’approchant de l’échéance de Pékin qu’il y avait eu soit des retards dans la préparation, soit des manques, des absences, et puis en voyageant, qu’il y avait d’autres choses ailleurs.

 

Les entraîneurs chinois sont-ils si mauvais que ça ?

Le gros souci, un peu comme ça se passait dans l’ex-Urss, c’est que les entraîneurs sont les anciens athlètes : lorsqu’ils arrêtent leur carrière, on leur confie les rênes d’équipes, soit d’une équipe nationale, soit d’une équipe du plus haut niveau professionnel. Ils prennent donc un wagon en route sans avoir aucune formation, aucun esprit d’analyse, aucun connaissance scientifique de l’entraînement, si ce n’est ce que eux ont vécu auparavant, et ce qu’ils ont vécu c’est ce qu’avait vécu le prédécesseur… c’est un cercle infernal. Dans les pays occidentaux, il y a des tas de coachs qui n’ont jamais été joueurs de haut niveau.

Perpétuer sans arrêt le même système d’entraînement ne leur permettait pas d’aller jusqu’au bout d’une compétition. Donc ils ont décidé d’ouvrir un peu cet éventail d’entraînement en allant chercher ailleurs.

 

Comment explique-t-on du coup autant de limogeages d’entraîneurs étrangers depuis quelques mois ?

Dans les sports où la Chine a estimé qu’elle ne pouvait plus être médaillable, ils se sont dits que pour des aspects d’image extérieure, il fallait tant qu’à faire que ce soit un coach chinois qui soit à la tête de l’équipe plutôt qu’un étranger. La deuxième raison, c’est un peu ce qu’il s’est passé au niveau du football avec Elisabeth [Loisel, ndlr] : les méthodes d’entraînement qu’on propose à un moment sont vraiment en décalage avec leurs habitudes. Ca peut ne pas être bien vécu tant par les sportifs que par les dirigeants. Quand vous avez des pressions contre vous, que les gens n’adhèrent pas à votre projet, que vous avez sans arrêt des oppositions systématiques… à un moment, on a tant du côté de l’entraîneur que des dirigeants l’envie de ce séparer.

 

Ca a été le cas pour vous ?

Non, pour moi ça n’a pas été d’un commun accord. Ca a été décidé par un nouvel officiel arrivé l’année dernière, qui a expliqué à ses supérieurs que le courant ne passait plus entre les filles et moi. Ca s’est avéré être un mensonge, donc il a été évincé de l’équipe. On m’a dit qu’on reconnaissait que c’était une mauvaise décision, mais qu’on ne pouvait pas revenir dessus.

 

Est-ce que la Chine s’est donnée les moyens d'attirer les cerveaux sportifs ?

Ce ne sont pas des salaires pharaoniques comme on peut le dire. Pour Elisabeth Loisel, on parle d’une indemnité de 80 000 euros pour les 6 ou 8 mois qui restaient à couvrir selon son contrat, ce n’est pas démesuré. Mais pour moi, c’est plus le challenge des Jeux qui compte : être entraîneur ici dans le pays organisateur des JO, c’est un atout qui ne se mesure pas en termes financiers. Je suis donc très déçu de ne pas pouvoir y participer.

 

Vous êtes arrivé en 2003, et pourtant, vous étiez jusqu’au mois dernier le plus ancien entraîneur étranger en poste à Pékin. En arrivant si tard, les coachs ont-ils le temps suffisant pour installer une stratégie pour les JO ?

La Chine a essayé de pallier au plus pressé mais des JO ne peuvent pas se préparer en un an, deux ans ou sur une olympiade, en particulier avec des athlètes habitués à des choses très éloignées des standards occidentaux. Sur le plan des habitudes, on arrive à changer relativement facilement les mentalités des joueurs à l’entraînement. Ca ne se fait pas du jour au lendemain, mais on arrive à les rendre plus combatifs, plus concentrés, plus excités… même si ça vient souvent en décalage avec ce que les dirigeants souhaiteraient voir. Les officiels ont une image du sport très différente, et être pris à rebrousse poil devant leurs athlètes est très mal perçu dans ce pays où on déteste « perdre la face » : ils n’aiment pas qu’on leur montre que le chemin qu’ils ont pris n’était pas forcément le bon chemin. Mais certains dirigeants chinois, comme le n°3 du sport chinois, ont relayé le fait qu’un entraînement puisse être ludique et pas seulement ennuyeux, répétitif. Entendre ça chez nous, ça nous ferait sourire, mais en Chine, quand vous voyez des joueurs prendre plaisir à l’entraînement, c’est très mal vu. La mise au point du n°3 était importante, mais elle est difficilement relayée à la base des entraîneurs.

 

Au-delà des mentalités, quels sont les autres freins que rencontre le coach étranger ?

Il y a aussi la différence dans la préparation physique : on ne peut pas changer un organisme, le mode de fonctionnement des muscles sur un espace très bref. Or l’une des caractéristiques du sport chinois c’est le volume d’entraînement, des répétitions, qui font qu’il n’y a plus rien d’explosif. Et puis il y a des freins culturels : la Chine est longtemps restée trop recroquevillée sur elle-même : on a sans arrêt ces références à leur histoire, « le corps chinois n’est pas le même que celui des occidentaux », « notre culture nous interdit les bains glacés [qui permettent d’activer la circulation et de récupérer plus vite, ndlr], c’est interdit par le taoïsme ou Confucius », « on n’a pas eu la même nourriture »... Au niveau des Russes, de l’Allemagne de l’est, il n’y avait jamais ces freins là ; il y en avait d’autres, mais pas si lourds. Et c’est grave, car c’est derrière ça que se réfugient des dirigeants et certains sportifs. Et ça les empêche de progresser. Nous on a eu des joueuses blessées, et il leur a fallu trois fois plus de temps pour récupérer qu’il le faudrait à un athlète occidental.

 

Cela a-t-il des conséquences directes sur les équipes olympiques ?

Absolument. En ce qui concerne le basket par exemple, certaines meilleures joueuses d’Asie ne sont pas dans l’équipe. Et celle qui y sont, ne sont pas à 100% de leur potentiel physique, mais elles ont un tel atout sur le plan de l’adresse ou de la construction du jeu qu’elles seront dans le groupe. On ne voit pas ça dans les autres équipes internationales.

Recueilli par C. Dijkhuis

Commentaires

Ahhh, les joies du système bureaucratique coco... C'est toujours un florilège de délires ! J'ai vu un reportage où les "maîtres nageurs" avaient été recrutés, +/- volontairement d'ailleurs, parmi... les employés de l'aquarium local ! Si ce n'est pas la logique d'une bureaucratie ça ! lol !

Écrit par : EcoGuy | 02/04/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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