Avertir le modérateur

31/07/2008

Blackout d'information sur l'éclipse en Chine

865095350.jpg
 
 Rien dans les médias de Pékin ce matin à propos de l’éclipse totale de soleil à laquelle on assistera demain, en Chine notamment. Seuls les journaux du Xinjiang ou du Gansu, d’où on verra une éclipse totale, évoquent un peu le phénomène ; mais à Pékin, elle sera partielle à 92% tout de même ! On en a entendu brièvement parler il y a un mois, et puis depuis plus rien. Absolument aucune recommandation n’est donnée aux Chinois.

C’est normal que les JO fassent les grandes lignes des quotidiens, à une semaine du coup d’envoi, mais ça ne justifie pas de passer à la trappe l’éclipse. Par contre on comprend mieux quand on se penche sur la culture chinoise et les circonstances politiques actuelles. Dans les croyances populaires – et faut-il rappeler que les Chinois sont assez superstitieux sur ce blog ?-, l’éclipse, c’est le chien gardien de l’enfer qui vient manger le soleil (天狗吃太阳, littéralement le chien du ciel mange le soleil). D’ailleurs, éclipse se dit rishi (日食), ce qui signifie soleil mangé.

Li Chengzi, un spécialiste du feng shui à Hong Kong va même plus loin  : il compte quatre éclipses (lunaires et solaires confondues) et affirme que ça va être une très mauvaise année. Et il rappelle que demain, selon le calendrier lunaire, c’est le début du mois de juillet, oui oui, juillet… le mois des fantômes. Ce qui signifie qu’il faut être sur ses gardes. Selon lui, ça expliquerait pourquoi le gouvernement ait très sérieusement programmé de donner le coup d’envoi des Jeux le 8 août 2008 à 20 h 08: ils auraient voulu mettre toutes les chances de leur côté lors de ces mauvaises auspices - hormis de faire un peu de folklore pour les étrangers bien sûr.

Bref, vous l’aurez compris, l’éclipse annonce un mauvais présage en Chine. Mais ça n’explique pas pourquoi sciemment les médias n’en parlent pas – et du coup ne préviennent pas des dangers de regarder directement une éclipse.

Dans l’histoire chinoise, le sinologue Jean-Philippe Béja nous a déjà expliqué que les successions de phénomènes naturelles extraordinaires ont toujours annoncé un changement de dynastie, de pouvoir. Ca s’est même vérifié pour Mao, qui est décédé quelques mois après le grand tremblement de terre de 1976. Or depuis le séisme du mois de mai, une grande majorité de Chinois sont convaincus que la Chine a la poisse à cause de la succession de catastrophes, et ça inquiétait déjà le gouvernement.

Là, il y a fort à parier que les médias ont reçu des ordres de ne pas trop en faire sur l’éclipse, pour ne pas aggraver ces croyances populaires. Heureusement il y a tout de même des circonstances atténuantes : tout d’abord, l’éclipse sera à son point maximum vingt minutes avant l’heure du coucher du soleil… et puis je vous avoue qu’on n’a pas vu le soleil depuis quelques semaines, alors finalement, verra-t-on l’éclipse ?
Caroline Dijkhuis

24/07/2008

Permis de manifester

Le droit de manifester pendant les JO ? C’est ce qu’ont affirmé hier les autorités chinoises lors d’une conférence de presse. A quelques précisions près : les manifs seront autorisées dans trois parcs seulement, et après demande préalable. Ca enlève de facto le côté spontané des choses. Mais bon, dans un pays où protester publiquement est permis par la loi mais dans les faits souvent interdit par la police, voyons-y, pour une fois, une sorte de pas en avant.
En fait, la Chine a obéit aux injections du CIO, qui lui avait demandé de faire comme les précédentes hôtesses des JO. Toutes ces villes avaient prévu des « endroits réservés pour manifester », mais elles n’ont jamais eu à faire face à aucune protestation.

Les autorités ont aussi fait savoir qu’il serait interdit de mettre en avant tout objectif politique, religieux ou ethnique dans l’enceinte des installations olympiques.

Avis aux amateurs –même s’il y a peu de chances que Robert Ménard ou ses collègues de Reporters sans frontières arrivent à obtenir un visa: les trois parcs sont le Ritan Park (en plein centre-ville), le Zizhuyuan Park (au nord-ouest) et le Shijie Park (au sud). Les noms des parcs ont été enlevés du compte-rendu public de la conférence de presse.

426043481.jpg


Cela me fait penser à une photo qui circulait il y a quelques semaines sur le web, de policiers chinois s’entraînant à contrecarrer des manifestants, fusils à l’épaule, le tout en équilibre sur des Segway!!! Ce qui avait bien fait rire ici quand on connaît l’état des routes et des trottoirs peu compatibles avec ce type d’engins… C.D.


11/07/2008

Le chien banni des menus pendant les JO

Les Chinois citadins sont propriétaires de plus en plus de toutous – il y a même le rayon spécial chiens et chats à Ikéa ici, ou un restaurant dédié aux quatre pattes -, jamais manger du chien n’avait posé problème jusqu’ici en Chine. Même si n’exagérons rien, on ne le trouve pas dans chaque gargote pékinoise. Mais voilà, pour les JO, les autorités ne veulent pas froisser les amis étrangers, alors elles ont demandé aux restaurants de la capitale d’enlever les spécialités canines du menu.

Une campagne similaire avait eu lieu à Séoul pour les Jeux de 1988, les Coréens étant particulièrement friands de viande de chien.

Quelques 112 restaurants « olympiques », ayant signé des conventions avec la ville, ont spécialement été sommés de faire attention. Mais cela n’empêchera pas les restaurants coréens et ceux de spécialités du Guizhou de proposer à leurs clients du chien. Huit millions de chiens sont mangés chaque année en Chine.

 PS: Dans ce post, je ne suis pas entrée dans la polémique sur les traitements infligés aux chiens, mais Chou Chine, en ballade actuellement dans le Guanxi, à Yangshuo, où le chien est une spécialité locale, a posté une petite vidéo pour ceux qui auraient été intéressés.

03/04/2008

Fin de course pour les fumeurs?

Passionnée par la Chine et ses bouleversements, impossible de ne pas voir comment les JO et leur annonce il y a sept ans ont changé (encore plus vite) les Chinois et leur pays. Ancienne de 20 Minutes Lille, je suis arrivée a Shanghai il y a bientot trois ans, et déja, j'avais ete etonnée de voir comment la societé avait evolué depuis ma première expatriation à Pekin en 1999. Et lorsque Paris m'a proposé d'ouvrir ce weblog, l'idée de cette chronique "Comment les JO changent (ou pas) les Chinois" s'est imposée d'elle-même. Parfois, ce sera très anecdotique, parfois au contraire, je vous raconterai de grandes évolutions de fond de la société dues aux Jeux. C'est en tous cas la meilleure facon je trouve de vous expliquer la Chine d'aujourd'hui. Et j'espère qu'elle vous plaira !
Caroline Dijkhuis 

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- 

 

Lors d'un bref séjour a Paris en janvier, j'ai assisté au passage aux restos non-fumeurs... et regardais avec étonnement  tous les accros à la nicotine se geler sous les hautvents des terrasses. Un peu avec envie aussi, pour la non-fumeuse notoire que je suis... en me disant : "Ah ce n'est pas demain qu'on verra cela en Chine!" Eh bien je me trompais. Fin janvier, Pékin a annoncé qu'un projet de loi était dans les tuyaux, et ça a été enterriné la semaine dernière : à partir du 1er mai, la cigarette sera bannie de Pékin. Du moins dans les gares, bibliothèques, musées, restos, hotels, et, vous serez heureux de l'apprendre, dans les hôpitaux et les écoles! Oui car jusqu'ici, il était possible de sortir une clope quasiment n'importe où en Chine.

Véritable paradis du tabac : avec 350 millions d'adeptes, les Chinois représentent le tiers des fumeurs mondiaux. Le week-end, les hommes louent des chambres d'hotel pour disputer des parties de mah-jong cliquetantes, en fumant cigarette sur cigarette... à tel point que ça enfume les chambres voisines. Parfois, entre deux haut-le-coeur, c'est à vous de demander au chauffeur de taxi (poliment ou non) s'il veut bien éteindre sa clope car vous avez un bébé sur les genoux. En Chine, c'est bien simple, offrir une cigarette à ses invités ou ses hôtes fait encore partie du cérémonial de bienvenue, gage de bienséance. Comble du comble, le champion mondial de 110m haies Liu Xin fait même de la pub pour une marque chinoise de cigarettes.

Forcement, cette image tronquée a des conséquences désastreuses : un million de Chinois meurent chaque année de maladies liées au tabac. Ca ne coûte pas cher à la secu - puisqu'il n'y en a pas, mais ça fait un peu tâche au tableau de Pékin. D'ailleurs, l'OMS (organisation mondiale de la santé) s'est pressée de féliciter le gouvernement de Wen Jiabao à l'annonce de la nouvelle loi. 

Reste à voir si la mesure sera réellement appliquée. La capitale chinoise avait deja tenté de reserrer le contrôle des fumeurs en 1996, ça avait été sans effet. En présentant les JO comme raison principale de la décision, Pekin met la pression sur les Chinois qui sont assez fiers, et en même temps assez ouverts, pour montrer la meilleure image d'eux-même cet été. Mais tout de même : à Pékin, cela concerne 35 millions de fumeurs. Comment les contrôler et comment désarçonner une mauvaise habitude bien enracinée ? Les rédacteurs de la loi ont été malins : l'amende est relativement faible à l'encontre du contrevenant (50 yuans, 5 euros). En revanche, elle frappe beaucoup plus fort le lieu public concerné puisque le propriétaire de l'endroit devra verser entre 1000 et 5000 yuans (100 à 500 euros). Bref, Pékin est fidèle à sa méthode classique d'encouragement à l'autocensure pour s'assurer la paix des troupes. 

Mais il sera loin d'être facile pour les hôtels et les restaurants de convaincre leurs clients d'obéir. Les premiers devront désormais présenter 70% de chambres non-fumeurs - ce qui laisse de facto bien moins de place aux ripailleurs du week-end. Pour les seconds, il sera aisé de supprimer les cendriers et tancer les recalcitrants... mais moins de savoir ce qu'il se passe dans les nombreuses petites salles privées que comptent la plupart des restos. Sans compter que souvent en Chine, dîner enfumé rime avec dîner arrosé (d'alcool de riz et de bière à flots), ça risque de ne pas se passer sans heurts! Des fumeurs l'ont déjà compris : dans les restaurants sichuanais de la chaine Meizhou Dongpo, passés non-fumeurs avec fanfares et trompettes dès janvier, des clients se sont enfermés dans les salles, empêchant les serveurs d'entrer juste le temps d'une bouffée... En tous cas, je doute (encore très fortement) de voir des scènes aussi exagerées que celles des terrasses parisiennes à Pekin. Pour cet ete de toute façon, ça tombe bien, puisque les Pékinois aiment dîner dehors. Et peut-être qu'une nouvelle loi permettra même aux restaurants d'agrandir leurs terrasses...


 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu