Avertir le modérateur

17/07/2008

Zheng Jie: les spotlights de Wimbledon avant les Jeux

502405746.jpg

 

Il y a quelques semaines à Wimbledon, elle a fait sensation. C’est là que le monde entier a découvert Zheng Jie, qui vient d’avoir 25 ans. Cette joueuse de tennis est entrée dans l’histoire pour être la première Chinoise à accéder à une demi-finale de tournoi de Grand Chelem… et pas n’importe comment : pour cela, elle d’abord battu la n°1 mondiale, Ana Ivanovic (voir ci-dessous), puis elle a évincé la tchèque Nicole Vaidisova. Elle a dû plier devant Serena Williams, mais qu’importe : tous les médias s’étaient déjà intéressés à son cas, sportive chinoise sortie de nulle part à quelques semaines des JO de Pékin…
D’autant que Zheng Jie (39e joueuse mondiale) sera à Pékin au mois d’août, pour défendre la Chine en simple et en double dames.


Jusqu’ici, seule la joueuse au caractère bien trempé Li Na était un peu connue du public occidental. Mais Zheng Jie lui a ravi la vedette après lui avoir piqué la place de meilleure joueuse au classement chinois. La jeune femme maîtrise aussi correctement l’anglais, en tous cas assez pour pouvoir répondre aux interviews hors du pays, un phénomène encore assez rare, même parmi cette jeune génération d’athlètes. Ses fans ont été surpris de ses performances médiatiques à Wimbledon, alors ils ont enquêté : elle s’est apparemment mise à l’anglais il y a cinq ans, « en apprenant cinq mots par jour ».

2028023040.jpg

Après la grande mode des « papas-coachs » parmi les joueuses de tennis (les sœurs Williams, Mary Pierce, Marion Bartoli…), Zheng Jie innove avec les « maris-entraîneurs ». Elle a rencontré Zhang Yu, de six ans son aîné, au club de tennis de Chaoyang en 2001, alors qu’elle a 18 ans. Cinq ans plus tard, ils étaient mariés, et leur relation vaudra à Zhang Yu, capitaine de l’équipe masculine, de décrocher la place de coach de l’équipe féminine, et en particulier de sa jeune épouse. Il cumule ainsi les casquettes de coach, mari, mais aussi cuisinier, grand frère… « Je ferais tout pour l’encourager car elle a toutes les qualités pour devenir une excellente joueuse », affirme Zhang Yu. « Peu importe le niveau que j’atteindrai, je serai toujours sa petite fille », répond étrangement Zheng Jie.

La joueuse, originaire de Chengdu, est également le symbole de toute une région, le Sichuan, cette province dévastée par le séisme en mai dernier. Elle a déjà déclaré qu’elle remettrait intégralement la somme amassée à Wimbledon aux victimes de la catastrophe, et qu’elle irait aussi consacrer du temps aux travaux de reconstruction.
Caroline Dijkhuis

Crédits photo: Xinhua/Song Zhenping - 21cn.com 

16/07/2008

Ils se barricadent au pied du drapeau olympique

 

445344257.JPG

Ils ont scotché les photos de tous les leaders communistes depuis Mao sur leur façade, et hissé le drapeau olympique, pour « se protéger ». La famille Yu, des marchands de marrons l’hiver, de boissons fraîches l’été, qui résident depuis 60 ans à quelques pas de la Cité interdite à Pékin, auraient du quitter leur 130 m2, dans lequel loge 14 personnes, depuis le 13 juillet. Mais ils le refusent. Ils se sont barricadés chez eux, en attendant que le gouvernement de Pékin leur promette une « meilleure compensation » que celle pour l’instant proposée.

1465141743.JPGIls ont été prévenus du projet immobilier qui allait effacer leur pâté de maison l’hiver dernier ; ils étaient les seuls à ne pas avoir quitté les lieux pour l’instant. Pour les encourager à partir vite, on leur a volé les machines à marrons cet hiver ; il y a quelques semaines, ce sont leurs frigos qui ont disparu.
Et puis, à quelques jours des Jeux Olympiques, on leur a fait comprendre qu’il fallait que l’avenue sur laquelle donne leur maison soit belle… mais voilà, les Yu n’ont pas du tout envie de voir leur dossier expédié à cause des JO. « Ils veulent faire une allée verte, et qu’on voit les murs rouges ressortir derrière, explique Cao Aihong, l’une des belles-filles. Nous, on est vraiment contents qu’il y ait les Jeux Olympiques, mais ils ne nous donnent que 346 000 yuans, 34 600 euros, pour déménager. On ne peut pas accepter ça ! Parce que dans ce quartier, vous ne pouvez même pas acheter des toilettes à ce prix-là ! »

La famille Yu bénéficie d’une attention particulière depuis hier de la part 545327985.2.JPGdes médias étrangers, car à quelques jours des JO, elle symbolise les nouveaux combats quotidiens des Chinois moyens contre les puissants… le tout sur un marché immobilier en plein boom. Sans oublier que selon le Centre des droits au logement et des évictions à Genève, entre 1 et 1,5 millions de personnes auraient été délogées pour construire les installations des JO. Les expropriations sont donc un thème très olympique.

1464941152.JPG Autour de la porte barricadée, les passants viennent lire les pièces du dossier que la famille a photocopiées et scotchées sur la palissade bleue électrique. « En 2002, on m’a forcé à quitter ma maison pour la détruire, et depuis, je n’ai toujours pas obtenu une bonne compensation, raconte Li Tian, polo jaune et la quarantaine bien entamée, en prenant des notes sur un cahier d’écolier. Je ne peux même pas les poursuivre en justice, le promoteur s’est appuyé sur le gouvernement pour démolir. Il y a trop d’arrangements pas équitables à Pékin. Les gens moyens n’ont pas le droit de défendre leur propriété. »

Un policier passe, caméscope au poing, et vient capturer les visages des journalistes qui commencent à arriver. De l’autre côté de la porte266218655.JPG vitrifiée, où on voit le visage du premier ministre Wen Jiabao en transparence, Cao Aihong lâche : « Ils ont peur qu’on fasse exploser le gaz, donc pour l’instant ils n’osent pas nous déloger. Mais s’ils utilisent la force, on sera bien obligés de partir. On n’est que des petites gens. Eux ils ont l’armée derrière eux ! »
Caroline Dijkhuis

photos: C.DIJKHUIS/20 MINUTES 

11/07/2008

Le chien banni des menus pendant les JO

Les Chinois citadins sont propriétaires de plus en plus de toutous – il y a même le rayon spécial chiens et chats à Ikéa ici, ou un restaurant dédié aux quatre pattes -, jamais manger du chien n’avait posé problème jusqu’ici en Chine. Même si n’exagérons rien, on ne le trouve pas dans chaque gargote pékinoise. Mais voilà, pour les JO, les autorités ne veulent pas froisser les amis étrangers, alors elles ont demandé aux restaurants de la capitale d’enlever les spécialités canines du menu.

Une campagne similaire avait eu lieu à Séoul pour les Jeux de 1988, les Coréens étant particulièrement friands de viande de chien.

Quelques 112 restaurants « olympiques », ayant signé des conventions avec la ville, ont spécialement été sommés de faire attention. Mais cela n’empêchera pas les restaurants coréens et ceux de spécialités du Guizhou de proposer à leurs clients du chien. Huit millions de chiens sont mangés chaque année en Chine.

 PS: Dans ce post, je ne suis pas entrée dans la polémique sur les traitements infligés aux chiens, mais Chou Chine, en ballade actuellement dans le Guanxi, à Yangshuo, où le chien est une spécialité locale, a posté une petite vidéo pour ceux qui auraient été intéressés.

10/07/2008

Les Pékinois et le nouveau visage de la ville

De Time à Paris Match, les magasines internationaux n’en finissent pas de louer le nouveau visage de Pékin, qui possède désormais quelques bâtiments phares, réalisés par des architectes renommés, et tranchant avec le style soviétique omniprésent dans la ville ou avec les hutongs, ces ruelles traditionnelles. « Il y avait Hong Kong et Shanghai. Aujourd’hui, question modernité, il faut compter avec la capitale chinoise », affirme le quotidien qui affectionne « Le poids des mots et le choc des photos. »
Le Stade olympique, construit par les Suisses Herzog et de Meuron (et dessiné par Ai Weiwei), l’Opéra national du Français Paul Andreu, le terminal 3 du Britannique Norman Foster ou la tour de la télévision chinoise du Néerlandais Rem Koolhaas permettent à Pékin d’enfin accéder à des réalisations architecturales originales et qui confèrent une marque à la ville, que le monde entier (ah bon, pas vous ?) est supposé scruter au mois d’août.

Accessoirement, la ville de Pékin a demandé au fils de l’architecte préféré d’Hitler, Albert Speer Jr, de remodeler une route important qui mène aux installations olympiques, mais bizarrement, ça a été moins médiatisé.

Ces bâtiments et ces tours ont été largement montrés dans les médias ici et expliquées aux Pékinois qui sont très attachés à leurs villes et aux traditions. Il fallait arriver à en rendre les habitants fiers, c’était essentiel. En public, ils se disent tous ravis, refusent de critiquer ces « prouesses construites par des étrangers. » Mais c’est sans compter sur leur esprit critique et leur don à surnommer les choses. Découvrez en son et en image ce qu’ils en pensent vraiment.


09/07/2008

Au cas où on aurait encore un doute sur le post d’hier…

Dans les quotidiens de Pékin ce matin, il y a une bonne nouvelle, et trois « mauvaises », comme on l’entend en Occident. Je commence par lesquelles ?

Déjà forts de bloquer les colis et autres courriers par coursiers à Tianjin, à 100 kms au sud de Pékin, pour les passer aux rayons X, ce sont les accès routiers à la ville qui sont dès aujourd’hui contrôlés. Des policiers accompagnés de chiens, harnachés de gilets pare-balles et équipés d’armes anti-émeute sont chargés de passer tous les véhicules au crible. Et une précision a été apportée : tous les accès à Pékin seront bloqués en cas d’urgence.

Autre information : les missiles sol-air sont prêts pour « garantir la sécurité des Jeux ».

1838877787.jpg

 

Enfin, alors que les étudiants s’apprêtent à partir en vacances, il est signalé que le campus de Beida (l’université de Pékin, l’une des deux à l’origine des émeutes du printemps 89) sera interdit aux visiteurs entre le 20 juillet et le 18 septembre.

Bon, heureusement, il y a une bonne nouvelle : exceptionnellement, la municipalité de Pékin réfléchit à publier une loi spéciale encourageant au télétravail pendant toute la durée des JO, qui permettrait aux Pékinois de certaines administrations et entreprises de ne pas sortir de chez eux… afin de ne pas encombrer les rues de la ville et d’aggraver la pollution atmosphérique. C.D.

Liu Xiang, le gentil petit champion

L’image des Jeux de Pékin, c’est lui. Liu Xiang, 25 ans, est le premier athlète à avoir porté la torche sur le sol chinois – il l’avait reçu des mains du président Hu Jintao, un relais loin d’être anodin. Consacré au 110 m haies dès sa première participation aux JO il y a quatre ans, Liu a depuis établit un nouveau record de 12,88 secondes à Lausanne en 2006, et n’en finit plus de faire la fierté de la Chine.

1244847155.jpg

 

« Tout le monde veut faire de Liu Xiang un symbole, Pékin comme les Chinois, affirme Wu Han, rédacteur en chef du premier quotidien sportif Titan. C’est un garçon clair, intéressant, positif. Il montre l’image d’une Chine brillante. » A Shanghai, sa ville natale, l'histoire de sa courte vie est même déjà au programme dans les écoles primaires. A chacun de ses déplacements, il provoque des scènes d’hystérie collective.

Si l’aura de Liu Xiang est importante, lui qui a laissé tomber la musique pour se consacrer au sport – même après avoir sorti un CD, c’est aussi car il est le premier Chinois à ramener autant de médailles en athlétisme. Et la première en or chez les hommes.
Cette image de « garçon sain » lui laisse en tous cas une large marge de manœuvre. L’omniprésence publicitaire des sportifs n’est pas toujours bien vue dans un pays où l’administration du sport est rattachée à Pékin, pourtant, selon le magazine économique Forbes, Liu Xiang a signé l’an dernier des engagements pour 4,5 millions d’euros, notamment avec Nike et Coca-Cola, tout en évitant les critiques. Sa participation à une publicité de cigarettes n’a même pas entamé sa notoriété. « Cette pub n’a pas eu beaucoup d’impact car elle a été peu diffusée », explique He Pengchong, journaliste sportif du site Tom.com.

 

827596221.JPG
Liu Xiang (C), vrai jackpot pour sponsors, ici sur une publicité pour les cartes de crédit Visa co-brandées Coca-Cola. C.Dijkhuis/20 Minutes


Sous ses allures de gentil, Liu Xiang a néanmoins compris le système. Alors qu’il s’est engagé à 17 ans sur la voie professionnelle, tard selon les critères chinois, son salaire est désormais aligné sur ceux des stars internationales. Homme de records, il a même assuré en octobre dernier son corps pour 100 millions RMB (9,4 millions d’euros)… il marche dans les pas de son bon ami Yao Ming, Shanghaien comme lui. D’ailleurs, les deux jeunes héros s’appellent régulièrement pour « s’entraider » à gérer leurs succès ! C.Dijkhuis

08/07/2008

Ambiance plombée à un mois des JO

A J-365, il y a eu une énorme fête spontanée et sincère. A J-30, à Pékin, les sourires se sont crispés. De nombreux Pékinois ne pensent même plus vouloir assister en direct aux épreuves, par crainte d’une « attaque terroriste de l’extérieur ou de l’intérieur » [entendre attaque terroriste des Ouighours, ces musulmans séparatistes du nord-ouest du pays], une menace qu’on leur rabâche à longueur de journée.
Si devant les étrangers ou en public, peu osent critiquer les JO, en privé, les critiques contre « ces Jeux » sont vives. « De 2001 au mois d’avril dernier, on était si heureux d’accueillir les jeux, confie une jeune fille anonymement. Mais depuis le Tibet, on a l’impression qu’on va passer un examen… et on nous met tellement la pression ! »
 
880214515.JPG
                                    A la sortie d’un briefing de 2000 agents de sécurité du district de Chaoyang à propos des JO, le 2 juillet ; le logo de la « police des Jeux » sur la chemise d’un agent. C.Dijkhuis/20 Minutes.
 
Et pour cause : depuis quatre mois, c’est la faction dure, la Sécurité Publique qui s’est imposée dans le cercle du pouvoir à Pékin, et dirige les choix du gouvernement. Le budget sécurité a été augmenté et signe visible dans toutes les rues, il y a trois semaines, les slogans à la gloire des Jeux ont été remplacés par des bannières rouges vantant « des Jeux sans incidents ».
 
Sans compter que la mise en place en avance des mesures de sécurité supplémentaires plombe encore plus l’ambiance. Depuis quelques jours, 2000 agents de sécurité passent aux rayons X tous les sacs dans le métro ; 3000 caméras ont été installées dans le district de Chaoyang, à proximité du village olympique et là où vivent en majorité les expatriés. Durant les Jeux, entre 30 000 et 100 000 policiers seront déployés. Les chiffres varient selon les sources ( !), mais ce qui est sûr, c’est que le chef de l’armée chinoise, Ma Xiaotian, a affirmé le mois dernier lors d’une conférence à Singapour que le dispositif de sécurité à Pékin serait « sans précédent ». Au rayon des coups de main occidentaux, Interpol assiste la Chine. La France n’est pas trop mal placée non plus puisque ce sont des hommes du RAID qui ont entraîné depuis janvier et jusqu’il y a quelques jours les forces spéciales chinoises. Hum…
1604358496.JPG
 
 
Panneau publicitaire sur le troisième périphérique de Pékin, vers le village olympique, qui tourne en boucle depuis fin mai.
1er écran : (L’armée) est vaillante et sait se battre.
2è écran : Remercier le peuple
3è écran : Obéir aux ordres du Parti, Etre au service du peuple, Etre courageux et se battre. » C.Dijkhuis/20 Minutes

Tout ce qui ressemblait trop à la fête a également été supprimé des programmes. Des centaines de festivals et d’animation – institutionnels ou commerciaux- organisés en marge du village olympique, ont été annulés.
On a l’impression que la frange dure du parti ne voit plus que dans ces Jeux l’occasion d’asseoir un peu plus son pouvoir. Le comité organisateur des Jeux a bien embauché une entreprise occidentale de communication, Hill&Knowlton, en avril dernier. « Ils nous embauchent, mais ils ne nous écoutent pas », affirme, sous couvert d’anonymat, un professionnel de la communication qui lui aussi travaille régulièrement pour le gouvernement chinois.
Oublier que les JO sont avant tout une fête, c’est la plus grosse erreur que pourrait commettre Pékin… lui qui avait réussi à effacer son ardoise avec le séisme du Sichuan et l’ouverture apparente du gouvernement de Wen Jiabao, trois mois après les événements au Tibet.
Caroline Dijkhuis 

07/07/2008

Mao chassé des porte-monnaie

Mes collègues du sport ont beau déjà l’avoir annoncé, je ne peux pas de pas en faire allusion sur ce blog : demain mardi, un nouveau billet de 10 yuans va être distribué en Chine… et à la place de Mao, c’est le stade olympique, le « Nid d’Oiseaux », qui sera imprimé au recto !
 
752410297.jpg

Il a été édité à 6 millions d’exemplaires, donc les JO sont loin de détrôner Mao, mais la Banque de Chine n’avait jamais osé jusqu’ici remplacer le Grand Timonier, ni les paysans, ouvriers et autres minorités nationales qui sont dans chaque porte-monnaie !

 Au verso, c'est la Grèce antique à l'honneur...

C.D.

 

1382537097.jpg

« Attendez, on vous opérera en octobre ! »

Le ministère de la Santé vient de publier une note indiquant que les opérations chirurgicales qui ne sont pas vitales, et qui demandent du sang de rhésus négatif, seront reportées à après les Jeux paralympiques de septembre. En effet, peu de Chinois sont de rhésus négatif, et les banques de sang chinoises tombent régulièrement à court. La Chine veut garder le plus de réserve possible pour les athlètes, mais aussi les touristes étrangers qui en auraient besoin cet été.  C.D.

04/07/2008

Les Chinois ne voudraient pas de Nicolas Sarkozy aux JO

La dépêche AFP est passée inaperçue, en plein dénouement de la libération d’Ingrid Betancourt. Il y a trois mois, en pleine « crise anti-française », ça aurait fait du bruit : 88% des internautes chinois ne sont pas favorables à ce que Nicolas Sarkozy vienne aux Jeux Olympiques, selon un sondage mené sur le site Sina.com.

284522554.JPG

 Légende: capture du site Sina.com, de la page spéciale consacrée au "sondage", titrant: "A l'attention du président français: les internautes chinois ne vous accueillent pas!"

C’est la réponse directe, selon les quotidiens chinois, à « la menace du président français de boycotter les Jeux Olympiques. » Et d’assurer haut et fort que déjà 100 000 internautes ont répondu à ce sondage, alors que Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il se prononcera sur sa venue à Pékin la semaine prochaine, lors du sommet du G8 qui se tiendra au Japon.

Un signe politique

« Ca ne sort pas maintenant, à presque cinq semaines des JO, par hasard, affirme Jean-François Huchet, directeur du centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC) à Hong-Kong. Il y a un véritable signe politique derrière tout ça. » Comme souvent dans l’histoire de l’internet en Chine, la manipulation par le gouvernement chinois apparaît en filigrane. Sina est l’un des grands portails d’information surveillé de près par le département de la censure ici à Pékin. « Ils veulent soit provoquer une réaction de Nicolas Sarkozy, lui faire entendre qu’il faut venir pour réparer les relations franco-chinoises, continue le directeur du CEFC. Soit Pékin a eu un signe comme quoi il ne viendrait pas, et il anticipe auprès de la population chinoise. » 

« 11% des Chinois qui sont contents que Sarkozy viennent, c’est un succès inespéré ! »

L’Ambassade se refuse à tout commentaire officiellement. Même si on penche plutôt pour une venue du président de la République, c’est l’inquiétude qui prévaut depuis que les résultats de ce sondage ont été publiés mercredi. L’Ambassadeur Hervé Ladsous, qui depuis le passage de la flamme à Paris a toujours montré qu’il voulait apaiser les choses, et avait même affirmé à Pékin que la France ne ferait pas de pression sur la Chine avant les jeux olympiques, a réuni jeudi lors d’une conférence téléphonique les consuls en place en Chine. Une chasse aux blogs sur la toile a été lancée. « On nous a demandé d’être extrêmement vigilants », confie une diplomate. Certains internautes, il est vrai, font écho au sondage de Sina, traitant parfois Nicolas Sarkozy de « nain » ou de « clown ». « 11% des Chinois qui sont contents que Sarkozy viennent, c’est un énorme succès, préfère retenir en plaisantant un autre diplomate. C’est inespéré après tout ce qui s’est passé depuis avril. » "Il y a fort à parier en tous cas que Nicolas Sarkozy n'aura pas une visite facile, s'il vient cet été", conclut Jean-François Huchet.

Caroline Dijkhuis

02/07/2008

La princesse du plongeon fait des vagues

2141294153.jpg

 

Ses amourettes lui feront-elles perdre l’or à Pékin ? C’est ce que tous les fans de Guo Jingjing, 26 ans, double médaillée d’or sur le tremplin à 3 m et sur le plongeon synchronisé à Athènes, craignent.


1855145055.jpgAprès s’être affichée avec le champion de plongeon Tian Liang (photo ci-contre), elle s’est montrée affectée par son mariage avec la championne de la Nouvelle Star locale l’an dernier. Depuis, elle a un nouveau boyfriend, un millionnaire, neveu de l’un des magnats de Hong-Kong, mais les tabloïds font courir les rumeurs les plus folles sur leur liaison.

Entre les performances (deux médailles d’argent à Sydney, deux d’or à Athènes et quadruple championne du monde) et les magasines people, c’est un peu la Laure Manaudou des bassins chinois. Jusque dans les commentaires du public. « Guo ne doit pas trop penser aux garçons, sinon, elle va anéantir les espoirs des Jeux de Pékin, prévient, moraliste, un blogueur sur Sina.com. Son joli minois ne doit pas lui barrer la route de l’or. »

C’est que la Chine a la « princesse du plongeon » à l’œil : elle, si sage jusque là, avait scandalisé le pays après Athènes en7136163.jpg devenant l’égérie d’une marque locale de cosmétiques, et en posant pour des photos sexy, dont le cliché ci-contre est tiré. Elle a même été menacée par son autorité de tutelle de ne pas participer aux Jeux de 2008. « Mais il y avait peu de chance qu’ils passent à l’acte, affirme He Pengchong, journaliste sportif du site Tom.com. C’est l’une des seules qui peut obtenir l’or. Elle a tout de même cédé à leurs demandes et freiné publicités et activités sociales. » Guo, qui s’entraîne depuis l’âge de sept ans et est l’athlète féminine la mieux payée en Chine, envisage de prendre sa retraite après Pékin. « Mettre un terme à ma carrière à la maison en 2008, ce sera très émouvant », a-t-elle annoncé l’an dernier. En attendant, vous pouvez la voir à l’œuvre ici aux championnats de Melbourne l’an dernier ; les commentaires sont en flamand je pense, mais les images parlent d’elles même.

C. Dijkhuis

01/07/2008

Les épreuves de voile engluée sous les algues?

Qingdao, hôtesse des épreuves olympiques de voile, n’a jamais aussi bien porté son nom : la ville (qui signifie littéralement « l’île verte ») s’est faite attaquer par une algue mutante qui recouvre un tiers de sa zone côtière. Sur les photos vues du ciel, la mer ressemble plus à une large étendue de gazon qu’autre chose.

1403286823.jpg


Il y a quatre ans à la même époque, Athènes s’était faite allumée pour ses retards dans les constructions olympiques ; Pékin saura installer toutes les façades à temps à défaut de terminer les chantiers en entier, mais elle n’échappera pas aux critiques environnementales.
Alors que le monde entier - athlètes et délégations en tête -, s’inquiète de la qualité de l’air, qu’une brume épaisse donne aux bâtiments de la ville des allures de fantôme depuis deux semaines sans interruption, ce sont les épreuves nautiques qui sont maintenant compromises : depuis un mois, cette algue bleue verte ne cesse de pulluler.
901377240.jpgLes autorités ont mobilisé 10 000 ouvriers et 1 000 embarcations pour nettoyer la mer ; ils ont aussi demandé à la population de venir donner un coup de main. Quelques 100 000 tonnes d’algues ont déjà été amassées, mais elles ont admis qu’il faudrait encore deux semaines pour redonner à la mer un aspect correct. Qingdao, cette ancienne concession allemande, sera certainement prête pour les épreuves qui se dérouleront du 9 au 21 août chez elle, à 600 km au sud de Pékin, mais encore une fois, les mauvaises conditions environnementales en Chine sont sous les projecteurs.
Le bureau de la Mer et de la Pêche de Qingdao a beau nier tout lien entre la pollution et l’apparition des algues, tout le monde ici se souvient de l’invasion de ces mêmes algues l’été dernier dans une série de lacs dans la région industrielle autour de Shanghai. Le bureau de la météo incrimine un réchauffement de la température de la mer, ainsi que la présence de « nutriments » dans l’eau.
C. Dijkhuis 

586406245.jpg

 

crédits: xinmin.cn 

27/06/2008

Il créée le meilleur symbole du parti, à l’insu de son plein gré

 

1142750926.jpg

Ai Weiwei a beau être un détracteur du régime chinois, c’est lui qui a dessiné le Nid d’oiseau, ce stade-symbole sans cesse mis en avant par le gouvernement communiste. « J’ai été embauché par le cabinet suisse Herzog et de Meuron, se défend-il, pas par le gouvernement ! »
Pourtant, l’artiste de 51 ans a de bonnes raisons de détester le parti : son père, le célèbre poète Ai Qin, a été déporté en 1958 dans un camp de travail du nord-ouest pour laver des latrines ; la famille aura vécu en tout vingt ans au Xinjiang. « Mais ce n’est pas tant mon histoire que tout ce passé chinois qui me pèse, avance-t-il. Les gens aussi sont déçus, mais n’osent pas le dire, ils ne savent pas se battre pour leurs droits. »
Les Jeux olympiques sont aussi en pleine ligne de mire d’Ai Weiwei, qui avec ses vêtements amples, ses sandales et ses cheveux coupés ras cultive des faux airs de moine. « C’est juste une excuse pour faire profiter certains promoteurs, affirme-t-il, sortant de son apparente nonchalance. Qu’a-t-on fait pour les gens ? On rajouté des toits aux immeubles cubiques et repeint les façades, sans rénover l’intérieur, c’est écoeurant ! »
Il n’est pas tendre non plus avec l’urbanisation de la ville, qui il est vrai, semble totalement désorganisée, et en tous cas, bien moins pensée qu’à Shanghai par exemple. « Chaque année, on construit sur 100 millions de mètres carrés à Pékin, dénonce-t-il. La Chine construit autant que le reste du monde entier ! »
1163279115.jpgLa ville, il l’a fuie. Après avoir passé douze ans à New-York – il a étudié à la Parsons School of Design, ils se sont installés avec sa femme Lu Qing, artiste elle aussi, dans un village au nord de Pékin. Dans la vie comme dans son art, il joue avec les controverses. La sonnette de son atelier est simplement marquée de l’inscription « Fake » (« Faux »). Lorsqu’on passe la porte, on suit une main en plâtre qui, majeur tendu, montre le chemin – certainement un rappel de sa série de photos Study of Perspective, où la Maison Blanche ou la place Tiananmen912559456.jpg sont pointées par son propre majeur tendu. Il ne comprend pas pourquoi il n’a pas encore été arrêté. En tous cas, il ne résiste pas à raconter comment un groupe d’architectes pékinois avait tenté d’éliminer le projet du Nid d’oiseau en 2005, alors qu’il avait été sélectionné deux ans plus tôt par un jury international – parmi lesquels figurait Jean Nouvel. « Ils ont eu de la chance de ne pas avoir eu le temps de nous remplacer, ils en sont tellement fiers maintenant ! », conclut-il sourire en coin.
A Pékin, Caroline Dijkhuis

+ Ai Weiwei est aussi connu pour sa performance Breaking of the Two Blue-and-White Dragon Bowls, où il brise deux vases antiques pour symboliser le vandalisme des gardes rouges lors de la Révolution Culturelle – et aussi le matérialisme ambiant.
+ Il a étudié à la Beijing Film Academy, aux côtés des metteurs en scène Chen Kaige ou Zhang Yimou… celui-là même chargé d’organiser la cérémonie d’ouverture des Jeux.

crédits photo: C. Dijkhuis/ 20 MINUTES 

26/06/2008

Pollution sur les périphs’

Dix jours ininterrompus de purée de pois… un mélange d’humidité et (surtout) de pollution bloque les horizons de toutes les grandes avenues de Pékin. Rien à voir avec les ciels bleus d’antan de la capitale. Résultat, sur le site internet de la ville, Pékin supplie cette semaine les 3,3 millions propriétaires de voitures de prendre le moins possible leur véhicule pour aller travailler, et de privilégier les bus, vélo ou métro.

Dès cette semaine, avec une quinzaine de jours d’avance, des véhicules officiels sont interdits de circulation… la moitié de la flotte gouvernementale pour être précise. La semaine dernière, il avait officiellement été annoncé qu’un tiers de la flotte serait stoppée dès le 19 juillet. Un revirement si rapide explique bien l’inquiétude de la Chine qui doit accueillir les Jeux dans 43 jours maintenant.
La circulation alternée, qui doit être mise en place du 20 juillet au 20 septembre (jusqu’à la fin des Jeux paralympiques) sera peut être elle aussi avancée… Le CIO a prévenu qu’il n’hésiterait pas à reprogrammer des épreuves si la pollution était trop importante, et c’est une perte de face que la Chine aimerait éviter. C.D.

24/06/2008

Yao Ming, le géant chinois

Commencer cette galerie de sportifs chinois avec Yao Ming, ça fait tout son sens : c’est l’athlète chinois qui s’est le mieux exporté pour l’instant, le seul vraiment connu. Et pour cause : si vous regardez les matchs de la NBA, vous ne pouvez pas les louper, lui et ses deux mètres 26. La légende dit que pour nourrir le petit Yao en pleine croissance en temps de rationnements à Shanghai, sa mère attendait tous les soirs aux portes de son marché pour récupérer les invendus. Il est maintenant le « Chinois le plus célèbre » selon le classement de Forbes, pour les cinq dernières années consécutives. L’un des plus riches aussi. Et celui entouré du plus grand secret à en croire la biographie de Brook Larmer… un secret « censuré » en Chine.

1203474993.jpg

 

Après Mao, c’est le visage le plus connu en Chine. Yao Ming, joueur de basket de 27 ans, premier Chinois à avoir intégré la NBA en 2002, s’affiche sur tous les murs, panneaux publicitaires, ou moindre packaging. Comme ci-dessus, sur une façade entière de grand masasin à Shanghai. « C’est parce que c’est une vedette aux Etats-Unis que les Chinois en sont fiers », m'a expliqué Yang Yi, un des ses amis proches. Car si le pivot des Houston Rockets est l’un des meilleurs joueurs du championnat professionnel américain (moyenne de 22 points et de 10,8 rebonds par match cette saison), il n’a pas pour autant permis à l’équipe nationale à ramener de médaille, ni à Sydney, ni à Athènes, les deux années où il a participé aux JO. Mais la Chine a atteint les quarts de finale en 2004, une prouesse. « Il pense qu’une médaille à Pékin c’est irréaliste, m'a confié Yang Yi. Son but est d’améliorer les performances de l’équipe, mais il sait que le basket en Chine n’est pas assez professionnel. »

L’annonce de sa fracture de fatigue au pied, qui a mis en danger sa participation aux Jeux, a tenu le pays en haleine en mars. Finalement, le géant de 2,26 m devrait être sur le terrain cet été. C’est « son rêve », assure-t-il. Pourtant, le Shanghaien ne cache pas que le poids des espoirs de ses compatriotes lui pèse. On le sent aussi soulagé d’avoir fuit le système sportif public – même s’il a dû s’engager à revenir jouer en équipe nationale pour partir.

D’autant plus que sa biographie Opération Yao Ming, publiée en 2005 par Brook Larmer, laissait entendre que ses parents, anciens professionnels de basket de 2,08 m et 1,88 m, avaient été poussés à se marier par les autorités sportives de Shanghai pour « concevoir un géant ». En tous cas, ils ont réussi: le bébé dépasse d'une tête ses coéquipiers des Houston Rockets sur le banc !

959889373.jpg

 

Quant à sa vie privée, elle est scrutée comme celle d’une superstar : son mariage l’été dernier avec l’ancienne joueuse de l’équipe féminine de basket Ye Li a été un évènement national ; mais lorsqu’il a fait un don de 48 000 euros aux victimes du séisme du Sichuan, alors qu’il a amassé 21 millions d’euros l’an dernier, il a été épinglé pour « pingrerie » à travers tout le pays.

Caroline Dijkhuis 

Crédits:

photo 1: Peiyi / CC / flickr

photo 2: Lori Greig/ CC / flickr

 

21/06/2008

Welcome to Beijing!

Ca y est, je débarque à Pékin. Ce sera tout de même plus simple de vous glisser des petits billets en direct sur la ville qui se prépare aux « Jeux du Siècle », que depuis Shanghai, où je suis basée essentiellement.

Alors sont-ils prêts ? Hum, dans les grandes lignes oui. Sur les installations sportives, ils sont en train de finir les améliorations notées lors des dernières épreuves test. Mais on est loin de ce qu’ils avaient promis il y a trois ans, à savoir qu’on ne verrait plus de grues dans le ciel de Pékin dès janvier 2008 – l’an dernier, la « promesse » avait déjà été changée en « on ne débutera plus aucun chantier après le 01.01.08 » La ville grouille de casques jaunes d'ouvriers migrants chargés ici de rénover des trottoirs, là de mettre les bouchées double pour finir à temps.

Autre problème, il fallait rendre cette ville construite à la soviétique et où tous les panneaux ont longtemps été qu’en chinois, un peu plus accessible aux 550 000 touristes étrangers attendus cet été. Les nouvelles lignes de métro ont été équipées de panneaux bilingues… et c’est la gare qui doit encore se mettre à la page. Les travaux de double signalétique ont débuté ce vendredi. Jusqu’au fronton du bâtiment, où des ouvriers équilibristes sont en train d'installer "Beijing Railway Station" sous les caractères "Beijing Zhan"... gare qu’aucun touriste lambda non sinophone ne pouvait jusque là a priori distinguer sans Lonely Planet !

 

104370073.JPG

C.D. 

19/06/2008

Les « Douze travaux » de Pékin

On croise encore des grues dans les rues de Pékin, mais il n’y aura pas de panique comme à Athènes. Même si hier mercredi, les promoteurs de la rue touristique « historique » de Qianmen ont annoncé que l’attraction ne serait pas prête à temps pour le 08.08.08, c’est un détail : les installations olympiques et les chantiers clés seront prêts.
La Chine a dépensé plus de 26 milliards d’euros pour ces Jeux, et a parfois mis en place de « grands travaux » : le régime autoritaire a su se donner les moyens et faire des efforts, pour ne pas perdre la face cet été et prouver au reste du monde qu’il est à la hauteur. En même temps, il n’a pas reculé sur ses méthodes, même sous les pressions internationales. Petit tour des dossiers sur ces "douze travaux".

1. Rendre une population bilingue…
Ce n’est pas une légende : on ne parle pas la langue de Shakespeare en Chine. Pour améliorer le niveau d’anglais des 1,5 millions de Chinois volontaires qui guideront les touristes ou des chauffeurs de taxi, des cours collectifs rassemblant jusqu’à 10 000 « étudiants », sont dispensés. Mais en ce qui concerne les chauffeurs de taxi, les progrès sont minimes.
S’il ne vous comprend pas, le chauffeur pékinois se tourne vers vous les yeux chargés de fatigue et l’haleine d’ail… Il y a deux jours, je suis tout de même montée dans la voiture de Xu Lin, un chauffeur de 25 ans. « How do you do ? » m’a-t-il lancé… et il essayait systématiquement de répondre en anglais à mes questions en chinois. Le secret de Xu Lin ? « J’écoute des cassettes à longueur de journée. Les chauffeurs de mon âge le font, mais les vieux s’en fichent complètement. »

2. … et policée.
Ne plus cracher, ne pas porter de pyjama dans la rue, laisser sortir les gens du métro avant d’y rentrer, ne pas klaxonner à tout bout de champ… les 17 millions de Pékinois ont reçu des cours de « bonnes manières » et ont été soumis à une propagande massive pour mieux se tenir depuis deux ans.

3. Déloger des milliers de personnes pour construire le village olympique
Entre 1 et 1,5 millions de personnes ont été déplacées pour construire les installations olympiques, selon le Centre des droits au logement et des évictions à Genève. Ca n’a pas gêné Pékin, qui officiellement, ne compte que 6 000 délogés. Si les chiffres de l’ONG suisse sont exacts, c’est deux fois plus qu’à Séoul en 1988.

4. Dériver des fleuves pour approvisionner Pékin en eau
Pékin souffre régulièrement de la sécheresse, or des experts estiment que la ville, qui consomme quotidiennement 9,4 millions de mètres cubes, pourrait avoir besoin jusqu’à 30% d’eau en plus pendant les Jeux. 300 millions de mètres cube d’eau ont été dérivés du fleuve Jaune à un lac réservoir au sud de la ville, et de l’eau va aussi être pompée du fleuve Bleu.

5. Donner enfin à Pékin des bâtiments phares
Jusqu’à maintenant, on avait la place Tiananmen, la Cité interdite, le Palais d’été, le Temple du Ciel… bref, rien que des lieux historiques devenus touristiques (ou politiques). Avec son troisième aéroport design construit par Norman Foster, Pékin compte en mettre plein la vue dès l’atterrissage.
Dommage que l’aéroport, soit si peu pratique – les bus transportant les passagers descendus de l’avion ne peuvent pas traverser les pistes et sont obligés de faire un détour de 25 minutes par le terminal 2 !!
Reste que la capitale a profité des Jeux pour se mettre - un peu - à niveau du côté des infrastructures : une ligne express pour l’aéroport devait être inaugurée fin juin, la capitale compte trois nouvelles lignes de métro et met en avant de nouveaux bâtiments phares, comme l’Opéra de Paul Andreu ou la tour de la télévision officielle CCTV.

6. Impressionner avec des installations high tech
Le « Nid d’oiseau », le « Cube d’eau » et les installations olympiques sont bourrés d’avancées technologiques pour impressionner. Les 29 000 m2 de surface du Cube d’eau sont par exemple capables de collecter 10 500 m3 d’eau de pluie ; l’eau des piscines sera réutilisée pour les chasse d’eau des toilettes, nettoyer les garages ou arroser la pelouse. Objectif : économiser 70 000 m3 d’eau par an. Ca marche : Jacques Rogge, le président du CIO, a déclaré que les installations étaient « les meilleures qu’il avait jamais vues. »

7. Oser organiser des Jeux Made in China
En décidant d’organiser des Jeux avec peu de sous-traitants étrangers, c’était ambitieux. Mais c’était risquer s’exposer à des casse-tête de dernière minute, comme la panne informatique lors de la mise en vente des billets en décembre… ou l’oubli des accréditations pour les chauffeurs à quatre mois des Jeux. Ah ben oui, il y a des professionnels qui font ce métier, seulement « ils ne parlent pas chinois », c’est toujours la même excuse avancée. Heureusement, ouf, les billets sont fabriqués par des Français. Il fallait bien ça pour éviter les tentatives de piratage…

8. Imposer un contrôle strict des touristes (en toute impunité, sans se faire rappeler à l’ordre par la communauté internationale)
Les protestations au Tibet et sur le relais de la torche ont rendu Pékin paranoïaque. Début juin, 57 directives ont été publiées pour rappeler aux touristes qu’il faut impérativement se déclarer à la police à son arrivée, que tout matériel écrit critiquant la Chine est interdit, et qu’une demande préalable est nécessaire à toute manifestation.
Les conditions de demandes de visas sont aussi plus compliquées depuis avril comme on vous l’a déjà dit : les touristes doivent fournir (à nouveau) leur billet d’avion et leur réservation d’hôtel pour obtenir le sésame douanier ; les étrangers travaillant sur place sans visa de résidant sont obligés de le renouveler tous les deux mois (contre parfois six mois auparavant)… et de rentrer dans leur pays pour le faire !

Tout cela est déjà inscrit dans la loi chinoise, ça n’a juste pas été strictement appliqué depuis cinq ans.

9. Continuer à surveiller étroitement la population et les contestataires intérieurs
Le Tibet est toujours fermé alors qu’il devait rouvrir le 1er mai ; avant même ça, au Xinjiang, cette région qui compte des Musulmans séparatistes, des milliers de caméras ont été installées dans les mosquées. Les lieux de culte, toutes religions confondues, sont également surveillés depuis les événements tibétains dans l’ensemble du pays. Le « dissident » Hu Jia a tout de même été emprisonné à trois mois des Jeux, malgré les appels répétés de la communauté internationale. Alors que les Jeux devaient être l’occasion d’un progrès pour les droits de l’homme en Chine, Pékin n’hésite pas à botter en touche. Et finalement, peu d’hommes politiques occidentaux (ou de membre du CIO) savent comment répondre à Pékin.

10. Combattre la pollution
On vous en reparlera certainement d’ici cet été… mais sachez que pour éviter un ciel jaunâtre et une atmosphère surchargée en CO2, la ville a dépensé 2 milliards d’euros en 2007. Quelques 15 000 vieux taxis et 3 000 bus ont été retirés de la circulation, des plans de circulation alternée et de fermetures temporaires d’usines sont prévus.

11. Organiser des Jeux Verts

Pour atténuer cette vision de Chine polluée, Pékin martèle que « ces Jeux seront écologiques ». Depuis 2002, 200 millions d’arbres ont ainsi été plantés. Le village olympique fonctionne à l’énergie solaire et 50 bus électriques transporteront athlètes et officiels cet été.

12. Faire oublier les derniers fiascos…

Faire oublier les aventures de la flamme et les scandales de sécurité alimentaire, défection d’athlètes (ou de Steven Spielberg), dénonciation du non respect des droits de l’homme ou fermeture du Tibet aux journalistes, c’est le plus grand obstacle que doit encore surmonter Pékin. Il a embauché en avril la société de relations publiques Hill & Knowlton – qui a conseillé Londres pour les Jeux 2012 – pour donner une meilleure image des Jeux 2008.


A Pékin, Caroline Dijkhuis

18/06/2008

Relais reporté au Tibet : la flamme slalome entre les provinces sensibles

La flamme olympique et le Tibet, deux sujets chauds depuis le début du printemps en Chine… alors imaginez quand il s’agit du relais de la torche au Tibet ! Aujourd’hui, le cortège olympique aurait dû atterrir à Lhassa et voyager dans la région tibétaine trois jours, mais Pékin a fait marche arrière au dernier moment : le comité organisateur des Jeux a décidé que la torche irait finalement… au Xinjiang ! Le Xinjiang, cette région qui compte des musulmans séparatistes, que Pékin accuse régulièrement de fomenter des « attaques terroristes » contre les JO.

Etrange ce tour de passe-passe entre deux régions sous haute surveillance annoncé dimanche soir ? C’est finalement une aubaine pour le gouvernement de pouvoir brouiller les calendriers et prendre tout le monde par surprise. Bien entendu, Pékin a refusé d’avancer une raison à ce changement, il minore l’évènement en expliquant que le trajet du relais a déjà été modifié une fois –mais bon, c’était à cause du séisme tout de même ! Une ONG hongkongaise, le centre d’information pour les droits de l’homme et la démocratie, avance que la Chine a reculé à cause de « menaces d’attentats à la bombe » au Tibet.

Au Xinjiang, placé sous très haute surveillance depuis plus d’un an à l’approche des Jeux (des caméras ont été placées dans les mosquées), le relais s’est bien passé ; il faut dire que seuls les Ouighours (habitants du Xinjiang) recommandés par leur « unité de travail », leur entreprise, ont eu le droit de venir le long de la route assister au passage de la torche. Venir habillé en costume traditionnel était fortement encouragé – ça permettait de mettre en avant la diversité ethnique que Pékin est accusé de faire disparaître. Les balcons des appartements sur le trajets devaient obligatoirement rester vides : la consigne était passée.

Cet après-midi, le comité organisateur des Jeux a annoncé que finalement, la flamme serait à Lhassa samedi, mais une journée seulement, au lieu des trois initialement prévues. Après le tremblement de terre, lorsqu’il a fallu réarranger le trajet de la flamme qui avait pris du retard avec les trois jours de deuil national, une journée avait déjà été enlevée à l’étape tibétaine. Elle est à nouveau amputée d’un jour, ce qui montre bien que le gouvernement est préoccupé et ne tient pas à multiplier les occasions d’incidents qui attirerait à nouveau le regard du monde sur la région à moins de deux mois des JO. En revanche, Pékin refuse de ne pas voir le symbole olympique passer à Lhassa ; c’est ce que demandent les associations pro-tibétaines depuis les émeutes du mois de mars, et pour le gouvernement, ce serait une perte de face inacceptable.

22/05/2008

2008, année (olympique) maudite ?

« D’abord, on a eu la neige au nouvel an chinois, puis les incidents au Tibet, ensuite sur le parcours de la flamme, l’accident de train dans le Shandong, l’épidémie d’EV 71 et maintenant le tremblement de terre, résumait ce jeune Chinois qui se fait appeler Nick, le lendemain du séisme. Franchement, la Chine n’a pas de chance ! » Cette série de catastrophes, naturelles ou non, voilà ce qui occupe un grand nombre de conversations depuis une semaine ici en Chine, où les superstitions vont bon train malgré la volonté du régime communiste de les éradiquer.
Sur les forums de discussion et dans les blogs, on blâme l’année du Rat, qui a débuté le 7 février dernier. On savait qu’elle serait difficile pour les natifs du signe du cheval – ce qui est le cas des deux leaders chinois, le président Hu Jintao et le premier ministre Wen Jiabao étant tous les deux nés en 1942. Mais on ne s’arrête pas à ces simples considérations astrologiques.
De nombreux internautes font de savants calculs pour repérer le chiffre huit à tout prix dans les dates auxquelles sont survenues ces événements. « La neige le 25 janvier, 2+5+1=8, le Tibet le 14 mars, 1+4+3=8, le séisme le 12 mai, 1+2+5=8 », égrène « mdqnmh » sur un site de discussion. Le chiffre huit, qui est normalement signe de prospérité et de chance en Chine, prend désormais une allure négative et plutôt sinistre. Or pas de chance : le programme est arrêté pour le coup d’envoi des JO, le 8 août prochain à 20 heures 08.
Certains internautes, comme « Licf », n’ont pas peur de friser le délire, lorsqu’ils remarquent des coïncidences troublantes avec les cinq mascottes des Jeux. « Une des mascottes représente une figure classique de cerfs-volants, et quelque chose se passe dans le Shandong [un haut lieu de la fabrication de cerfs-volants, ndlr] ; une autre représente une antilope tibétaine, et quelque chose se passe au Tibet ; une troisième représente la flamme, et quelque chose s’est passé autour de la torche ; une quatrième un panda, et quelque chose s’est passé au Sichuan [plusieurs réserves de pandas se trouvent dans la région du séisme, ce qui fait de l’animal noir et blanc un symbole de la région dévastée par le séisme, ndlr]. La cinquième a un poisson sur la tête… qu’est-ce que cela signifie ? Un pays (enfin) sous l’abondance ?... »
Plus sérieusement, dans l’histoire chinoise, les catastrophes naturelles ont annoncé les fins de dynasties. « Des séismes, des chutes de météorites… les successions de catastrophes signifiaient la perte du mandat du Ciel pour l’Empereur, ça arrive à chaque fin de dynastie, confirme le sinologue Jean-Philippe Béja, chercheur au CNRS, basé au Centre d’études français de la Chine contemporaine (CEFC). Et c’est une idée très ancrée parmi les mentalités en Chine. »
S’il y a tout de même peu de chance actuellement que la rue se retourne contre Pékin, le chercheur note tout de même que les laobaixing, les Chinois moyens, commencent à se demander si tout ce qui est entrepris n’a pas un effet inverse, avec fatalement en toile de fond, les Jeux du mois d’août. « On voit aussi que le gouvernement chinois est inquiet, note-t-il. Cela expliquerait en partie pourquoi il a réagi si vite et avec autant de transparence sur le tremblement de terre, car finalement, c’est assez nouveau. » Croyances populaires ou pas, Pékin a d’ores et déjà annoncé que la Chine renforçait sa sécurité dans la capitale cet été, et contrôle très étroitement les frontières… pour limiter les catastrophes venant d'ailleurs.

Arcs-en-ciel Les rumeurs les plus folles courent aussi sur internet à propos de l’avant-séisme. Après les fuites de grenouilles, ce sont les arcs-en-ciel qui affolent les internautes… le 12 mai 2008, à quelques centaines de kilomètres de l'épicentre du séisme, plusieurs témoins disent avoir observé des nuages colorés comme des arcs-en-ciel, 30 minutes avant la catastrophe. Aucune explication scientifique n’a, pour l’instant, été avancée, mais certains affirment qu’il s’agit d'un phénomène régulièrement observé avant les séismes. Ca a en tous cas inspiré les utilisateurs de MSN ici : en marque de soutien avec les habitants du Sichuan, ils ont ajouté un petit arc-en-ciel à côté de leur nom (à la place des « Love China » du mois dernier…)
 

19/05/2008

Flamme en berne

Conséquence directe des trois jours de deuil national qui ont démarré ce lundi en Chine pour honorer les victimes du séisme au Sichuan : le parcours de la flamme olympique a été suspendu. Après consultation avec le CIO, le comité chinois d’organisation des Jeux a décidé que le relais de la torche n’aurait pas lieu lundi à Ningbo, et mardi et mercredi à Shanghai. On sait déjà que le relais reprendra à Ningbo le 22 mai, et il y a fort à parier qu’elle passera également à Shanghai, même si ce sera pour une simple journée au lieu de deux : la deuxième ville du pays et capitale économique, est trop importante pour être tout simplement ignorée. Dimanche, le relais à Hangzhou avait commencé après une minute de silence, et samedi, une collecte avait été organisée en marge du départ des relayeurs à Wenzhou. Mais il paraissait tout de même indécent que cette célébration olympique se poursuive alors que toute la Chine s’arrêtera à 14 heures 28 (l’heure du séisme) jusque mercredi, et que toutes les manifestations de divertissement du pays, y compris les programmes télévisés, ont été annulées.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu