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09/05/2008

La flamme éteinte en Chine!

Finalement, la partie chinoise du relais de la flamme olympique ne sera peut être pas si calme que cela ! Selon le quotidien Hongkongais South China Morning Post, la torche aurait été attaquée hier jeudi sur son parcours de Shenzhen. Des témoignages, recueillis par le journal, assurent que plusieurs personnes ont tenté de s’emparer d’elle, qu’ils ont dû être contrôlés par le service d’ordre, et que la flamme se serait même éteinte.

L’info a fui de quelques forums de discussion chinois, comme www.sina.com ou www.163.com, qui racontent que le relais a plusieurs fois été perturbé lorsqu’il est passé dans un quartier appelé « Ville des Chinois d’Outre-Mer ». La flamme aurait même été enfermée dans un véhicule quelques instants pour la protéger. Malgré des policiers postés tous les dix mètres, et une armada d’hommes en bleu, cinq hommes auraient réussi à franchir les barrières de sécurité et s'approcher du porteur de la torche. L'un d’entre eux aurait été bloqué au sol par un gardien de la flamme, les autres auraient été arrêtés par la police. Cela aurait échappé aux téléspectateurs chinois, car la télévision chinoise a stoppé la diffusion pour quelques secondes. Le site hongkonguais indépendant AsiaSentinel.com affirme également que deux hommes auraient réussi plus loin à éteindre la flamme, mais ces informations n’ont pu être confirmées. La version des médias officiels, c'est une foule "excitée" (sous entendu de joie) qui aurait accidentellement éteint la torche.

Shenzhen, c’est la ville-frontière, celle qui jouxte Hong-Kong, et une véritable ville-usine où de nombreux migrants travaillent dans des conditions particulièrement difficiles, en tous cas comparés à d’autres municipalités, comme celle de Shanghai. En tous cas, ce n’était que la troisième étape chinoise : la flamme, symbole de fierté pour Pékin et de reconnaissance de la Chine face au monde entier, doit traverser tout le pays d’ici au mois d’août pour mobiliser le patriotisme chinois – si besoin en était. Hier, le parcours de Shenzhen a été occulté de toute façon par l'arrivée de la flamme au sommet de l'Everest.

Sur l’île de Hainan, première véritable escale chinoise (c'est-à-dire après Hong-Kong et Macao), la flamme s’était éteinte d’elle-même il y a trois jours… devant les caméras. Mais la régie a immédiatement réagit et a tout de suite diffusé des plans de coupe de la foule qui criait « Zhonguo Jia You ! » (Allez la Chine !).

07/05/2008

Pékin affirme faire la pluie et le beau temps

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Le ciel bleu, elle promet qu’elle n’y a été pour rien, jusqu’à maintenant. « Jamais lors des passages du CIO, ou même lorsque la flamme est arrivée à Pékin en avril, nous n’avons modifié la météo, affirme Zhang Qiang, la directrice du bureau de modification météorologique de Pékin. Mais nous devrons assurer le beau temps lors des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux. » Pas question de laisser le hasard venir perturber l’évènement qui adoubera la Chine, même si le 8 août prochain, il y a « 47% de chance qu’il pleuve » ; alors depuis six ans, Pékin a accentué ses recherches en contrôle de la météo.
 
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Le gouvernement chinois n’a pas mégoté sur les moyens : un « super » ordinateur capable de fournir des prévisions kilomètre par kilomètre, sur plus de 44.000 kilomètres carrés a été acheté l’an dernier ; le bureau dispose aussi de trois avions et d’une vingtaine de sites au sol pour envoyer les roquettes de iodure d’argent dans les nuages. Mais les experts occidentaux sont sceptiques, l’efficacité de ces méthodes n’ayant jamais été prouvée – toutes les recherches aux Etats-Unis sur le sujet ont été stoppées. « Nous sommes une mesure d’urgence, admet Zhang Qiang, qui a une position plus réaliste que Pékin, sûr à 100% d’avoir du ciel bleu. On est sûrs de pouvoir agir avec efficacité en cas de petite pluie, mais c’est difficile à dire en cas de grosse pluie. »
 
1740499546.JPGAu 7e étage du bureau situé au nord de Pékin, la trentaine d’ingénieurs qui auraient le pouvoir de faire la pluie et le beau temps s’affairent derrière une maquette en relief de Pékin et sa région. Au sol, des modèles des roquettes. Un technicien surveille en permanence les écrans de contrôles.930118633.JPG « Lorsque l’avion est dans le ciel, nous le dirigeons d’ici, explique Li Hongyu, responsable des recherches.
Nous mesurons les modifications microphysiques des nuages, l’avancée de la formation de ses cristaux de glace, et en fonction, nous prévoyons notre plan. »
 
 
 
En fait, le bureau poursuit deux stratégies : soit il « provoque » la pluie, en vaporisant de l’iodure d’argent 1500913116.JPGdans les nuages qui seraient encore loin, soit il modifie la composition des gouttelettes d’un nuage menaçant et proche de la zone à protéger, afin de réduire les chances de précipitations. « Nous utilisons de l’azote liquide pour augmenter le nombre de gouttelettes tout en réduisant leur taille, explique-t-elle. De plus petites gouttes ont moins de chance de tomber. » Les experts occidentaux mettent à nouveau en garde : en voulant « retarder » la pluie, on ne pourrait que la renforcer, se retrouver face à un risque d’averses plus importantes et donc plus difficiles à maîtriser.
A Pékin, Caroline Dijkhuis

En chiffres
1958 début des recherches sur la modification météo en Chine. Mais c’est en 2000, lors d’une cérémonie en Russie, où le ciel bleu aurait été obtenu « artificiellement » que l’ancien président Jiang Zeming s’est passionné pour ces techniques.
350 000 euros, c’est le budget alloué au Bureau de Modification météorologique de Pékin entre 2002 et 2007, selon Zhang Qiang. On parlerait d’un budget total annuel national d’entre 60 et 90 millions de dollars.
30 avions en Chine sont alloués aux bureaux de modification météorologiques, 1500 personnes travailleraient dans ces bureaux.
250 milliards de tonnes de pluie, auraient été créées artificiellement entre 1999 et 2007 selon la presse officielle chinoise.

24/04/2008

Dans les coulisses de l’école des champions chinois

Quand on lui demande quel est son but dans la vie, Hu Jiamuwa, 9 ans, coupe au bol et polo rose, raquette de ping-pong dans la main, répond tout de go : « Championne du monde. Juste comme Zhang Yining ! » [médaille d’or à Athènes, ndlr] Puis rapidement, elle retourne enchaîner les balles dans l’une des salles d’entraînement du centre sportif de Shichahai, à Pékin. C’est notamment ici que s’entraînent des jeunes et des enfants admis dès l’âge de six ans à être les stars sportives chinoises de demain.

 

7f55e45e3e0f4b94d7c63323f678ea8e.jpg Deux couloirs plus loin, dans la salle de gymnastique, ce sont des gamines de sept-huit ans qui s’étirent sous l’œil d’une fillette âgée de deux ans de plus qu’elles, qui corrige inlassablement leurs mouvements et surveille le chronomètre. 3766bb3e18f727ced041fa1388865ce4.jpgPuis elles passent aux barres parallèles avec leur entraîneur. A Shichahai, on a déjà formé 3000 athlètes devenus professionnels, dans neuf disciplines, y compris le volley-ball, le badminton ou le taekwondo. L’école est fière de ses 32 champions internationaux et ses six champions olympiques… et attend avec impatience les sélections pour les équipes des Jeux de cet été, afin de voir qui des anciens de l’école a été choisi. 

 

L’école de Shichahai est flambant neuve, et c’est la seule que les journalistes étrangers ont le droit de visiter avec l’école de plongeon - cela n’aide pas l’observateur à avoir une vue neutre du système sportif chinois. Le centre est malgré tout au centre des critiques des médias occidentaux, qui lui reprochent un rythme d’enfer et un début des entraînements à un très jeune âge, rappelant les méthodes de l’Union soviétique.

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Mais ces critiques sont balayées par la directrice Shi Fenghua, qui préfère mettre en avant le système de sport-études, les auxiliaires de vie qui accompagnent les enfants et la présence de psychologues qui sont là à la moindre alerte. Et lors de la visite hebdomadaire, rien ne paraît à première vue très choquant ; dans la salle de taekwondo, l’entraînement semble étonnamment décontracté pour la Chine, avec une chanson en anglais où on entend un « fuck ! » tonitruant, qui tranche avec la ligne des officiels du sport du parti.

Nicolas Brocard, un jeune Français en stage de tennis de table pour trois mois là-bas, confirme. « Les petites du ping-pong sont très épanouies, et je n’ai pour l’instant pas vu de maltraitance, comme c’est parfois suggéré dans les médias. Elles savent déconner pendant les pauses. » Avant de préciser : « Ca n’empêche rien à la rigueur de l’entraînement : avant de commencer, elles sont rassemblées par tailles, les coaches relèvent leurs erreurs une par une. Puis aux tables, on entend les mouches voler. En France, on est plus créatif, mais moins rigoureux. »

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Il n’empêche que le programme est très chargé. « On se rassemble à 6 heures dans la cour, et on court jusqu’à 7 heures et demies. Ensuite on a le petit-déjeuner. Puis on s’occupe des tâches domestiques, on se repose et on s’entraîne. A 11 heures, on déjeune, puis on s’entraîne. Tous les jours on mange, s’entraîne, dort, mange, s’entraîne, dort… », raconte Jiang Jun, 23 ans, intégré à l’équipe professionnelle de tækwondo de l’école. Des Canadiens sont venus en stage il y a quelques semaines. « Ils nous ont dit que s’entraîner avec nous, c’était l’enfer. » Dans la salle de taewkondo, le but national est exposé en toutes lettres sur une grande bannière rouge : « Visons les Jeux Olympiques, montrons une attitude élégante, réalisons notre objectif, faisons renaître les splendeurs. »

Les méthodes chinoises, essentiellement basées sur l’assimilation répétée et intensive des gestes, sont largement décriées par Gaëtan Le Brigant, qui a conseillé les équipes olympiques de basket jusqu’en février dernier. « L’une des caractéristiques du sport chinois c’est le volume d’entraînement, des répétitions, qui font qu’il n’y a plus rien d’explosif », explique-t-il. Et qui use aussi selon lui les athlètes, ou provoque des blessures plus fréquentes et qui mettent plus de temps à guérir que dans les autres équipes.

Justement Jiang Jun est interdit de combat pour quatre mois à cause d’une blessure au pied qui refuse de guérir. « Je me suis fait mal à un entraînement, mais je n’y ai pas attaché d’importance, je pensais que je pouvais continuer à m’entraîner, avoue-t-il cantonné au punching-ball. Maintenant, je regrette. » Les enfants sont aussi d’autant plus sérieux qu’ils reçoivent une terrible pression des parents, qu’ils aient été repérés par des entraîneurs de Pékin en visite dans les provinces, ou envoyés directement par leurs familles. La scolarité est chère, 3.500 euros par an, et seule une partie des élèves est prise en charge par l’Etat - plus de 50% d’entre eux, selon l’école, mais cette proportion serait bien inférieure selon nos informations.

L’Américaine Susan Brownell, qui a étudié le sportif chinois depuis quinze ans, et vient de publier le livre Beijing’s Games : What the Olympics mean to China, préfère mettre en perspective les méthodes chinoises. « Croyez-moi, aux Etats-Unis, j’ai vu des parents pousser leurs enfants, et des petites s’entraîner à toutes heures en patin à glace », a-t-elle confié il y a dix jours au Wall Street Journal. « Ici, soit tu as envie et on te donne les moyens, soit tu dégages, analyse en conclusion Nicolas Brocard, classé 40 en France. En France, c’est toujours moitié-moitié. »

La Chine a terminé deuxième au tableau des médailles d’or à Athènes en 2004, et a un temps mis en avant l’objectif de dépasser les Etats-Unis et d’être les premiers à Pékin, avant le nier publiquement. A Shichahai, cela n’empêche pas les enfants de tous avoir un rêve identique à celui de la pongiste Hu Jiamuwa. « Mais tout au plus, ce sera 10% d’entre eux qui pourront un jour décrocher une médaille d’or », affirme Zhao Gengpo, coach de gymnastique depuis 10 ans à Shichahai. En attendant, Hu Jiamuwa, à sa table de ping-pong ralentit le rythme : la Mexicaine qui joue en face d’elle et qui a cinq ans de plus, n’arrive pas à suivre.

A Pékin, Caroline Dijkhuis

Voir aussi le diaporama de l’école de plongeon.

22/04/2008

Le dilemme français

Comment va la jouer la France cette semaine en Chine, après la montée des tensions des deux dernières semaines et alors que le Conseil de Paris a fait hier le Dalaï Lama et Hu Jia citoyens d’honneur ?

Ce mardi matin, il n’y a pas encore de réactions dans les médias chinois sur la décision parisienne qui risque pourtant d’attiser les choses : la décision est tombée dans la nuit ici, et les médias attendent peut être la ligne du ministère des Affaires étrangères qui sera délivrée lors de la conférence de presse bi-hebdomadaire ce mardi après-midi.

En attendant, Nicolas Sarkozy a chargé trois envoyés de messages spéciaux pour les hautes autorités de l’Etat chinois… va-t-il se coucher, avec des pressions des milieux économiques pressés de remettre les relations franco-chinoises sur les rails, ou au contraire, mettre en œuvre une politique de petits pas : s’indigner des bousculades lors du passage de la flamme à Paris mais tout en tenant à l’ouverture du dialogue avec le Dalaï Lama ?

Hier, Christian Poncelet a commencé la semaine diplomatique avec une large courbette… la première mission de charme du président du Sénat auprès de l’athlète Jin Jing a d’ailleurs été appréciée ce mardi matin par les quotidiens chinois, jusqu’ici très critiques, qui y voient la possibilité d’un réchauffement des relations entre la Chine et la France – ils ne s’étendent pas sur l’invitation personnelle du président de la république, mais l’évènement est assez d’importance pour la Chine pour que les médias d’état en fassent souvent leur Une. Mais ça n’a pas non plus empêché quelques nouvelles manifestations anti-Carrefour d’éclater hier en province.

Pour sauver les relations franco-chinoises, Paris serait-il alors prêt cette semaine à aller plus loin ? D’un côté certaines voix à l’Elysée affirment  que le dialogue avec le Dalaï Lama restera une condition sine qua non à la venue de Nicolas Sarkozy aux Jeux.

Pourtant en même temps, d’autres voix, comme celle de l’Ambassadeur de France à Pékin, comme le soulignait Luojie dans un commentaire précédent, garantissent à la Chine "aucune pression avant les Jeux"… et ce serait aussi la position du conseiller diplomatique Jean-David Levitte, attendu ici vendredi. Donc il y a fort à parier que la position officielle française se dessinera dans ce sens. Sauf si le président français se sent coincé par l’opinion publique… et que la Chine deviendrait presqu’une question intérieure !

Pourquoi la France se retrouve-t-elle dans ce dilemme ? Certes le passage de la flamme a cristallisé les choses, mais si on regarde l’Allemagne par exemple, sa position est plus claire et pourtant peu critiquée. Comme le soulignait hier dans l’International Herald Tribune, Angela Merkel a choisi de séparer business et politique : elle a évoqué bien en amont le dossier des droits de l’homme, a reçu le Dalai Lama il y a six mois, n’a pas pris part au relais de la flamme et a déjà dit qu’elle ne viendrait pas aux Jeux Olympiques… Le tout alors que l’Allemagne fait trois fois plus de commerce avec la Chine que la France. Et son ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a fait de même pour éviter de se faire coincer par l’opinion publique allemande. « Pour dévier les critiques l’accusant de pousser les intérêts commerciaux plutôt que de défendre les droits de l’homme, il met en avant le programme de coopération éducatif, par lequel de jeunes Chinois viennent étudier le droit en Allemagne », note la journaliste.

Ce qui est certain en tous cas pour jeudi, c’est que ce soit Jean-Pierre Raffarin ou Christian Poncelet, ils vont devoir avant tout décrédibiliser les nouveaux « citoyens d’honneurs » du Conseil de Paris, face au président et au premier ministre chinois, avant de pouvoir faire entendre tout autre chose.

18/04/2008

Bride lâchée une semaine, mais pas plus

La France et Carrefour sont sauvés. Bon, allez, j’ai été un peu mauvaise langue de dire que les Chinois s’en fichaient du boycott visant l’hexagone… s’ils ne l’observent pas (ou pas encore, puisqu’il est programmé pour mai), c’est vrai qu’ils en parlent. Mais que Bernard Arnault et les autres actionnaires de l’hypermarché se rassurent : Jin Jing, « l’ange au fauteuil roulant » comme l’appellent ici les Chinois qui la vénèrent, s’est prononcée hier soir contre un boycott. La jeune escrimeuse de 27 ans amputée d’une jambe qui a défendu la torche lors des manifestations à Paris - pour ceux qui ne l’auraient pas reconnue – a dit tout haut que « cela ferait trop de tort aux Chinois » lors d’un entretien groupé à des médias shanghaiens.


Son intervention s’inscrit tout à fait dans la ligne officielle affichée hier soir par le parti, via un « commentaire » diffusé par l’agence officielle Chine Nouvelle qui appelle les Chinois au calme et à refréner leurs ardeurs patriotiques. Et il fallait s’en douter, c’est un schéma habituel à Pékin maintenant, comme le rappelait ce matin l’AFP.

« Lors du mouvement anti-japonais de 2005, le gouvernement avait laissé dans un premier temps se propager des manifestations, normalement interdites en Chine. Il avait permis à des sites internet de s'en prendre violemment aux intérêts japonais avant d'y mettre un terme par peur, notamment, que des actions ne soient dirigées contre lui. »

Tant pis pour le Legal Evening News, ce quotidien qui a imprimé cette semaine des autocollants « Beijing Jia You ! » (« Allez Pékin ») et les distribue gratuitement dans la capitale…

17/04/2008

Boycott: et si les Chinois parlaient en fait d'autre chose?

Ce qu'on ne vous dit pas, ou qu'on n'a pas le temps de vous dire, car on s'est tous focalisés sur le spam (internet+sms) du boycott de Carrefour et des produits français ici en Chine, c'est que les Chinois sont en fait bien plus concernés depuis trois jours et encore ce jeudi matin par CNN et son commentateur politique Jack Cafferty.

Mais comme ça n'est pas anti-français, mais anti-américain, vous en entendez forcément moins parler (à part sur lepoint.fr). Pourtant, l'histoire mérite d'être contée, au moins sur ce blog.

Jack Cafferty, dans son émission politique "The Situation Room" du 9 avril, n'y a pas été de main morte: "Nous continuons à importer leurs saloperies couvertes de peinture au plomb, leur nourriture pour animaux empoisonnée, et nous exportons nos emplois là où on peut payer des travailleurs un dollar par mois", a-t-il estimé. Plus loin, il évoque les dirigeants chinois, et a lancé : "Au fond, je pense que c'est la même bande de voyous et de malfrats qui sont là depuis 50 ans".

 

Mardi, le gouvernement chinois a demandé publiquement des excuses - au cours de la même conférence de presse, elle n'avait pas condamné le boycott qui commençait à circuler contre Carrefour. CNN s'est excusé, mais voilà, ça "manque de sincérité" selon les éditorialistes ce jeudi.

Le phénomène des love china sur MSN a pris en partie aussi suite à cela mercredi. Bref, les internautes chinois ne sont pas énervés que par les manifestations de la semaine dernière, mais, par les commentaires (qui ne font pas toujours avancer le débat, avouons-le). Comme le soulignait Olivier dans un post précédent, les jeunes Chinois éduqués ont accès aux médias étrangers car ils parlent un peu anglais... Alors pourquoi réagissent-ils en apparence de manière nationaliste? C'est qu'ils ne voient que l'agitation ou les critiques du côté occidental. Ils ne comprenaient pas pourquoi les Français ont manifesté, à part pour le Tibet. Jean-Louis Rocca l'expliquait très bien mercredi d'ailleurs. Dommage que le débat se transforme en clivage entre deux sociétés sans language commun. Parce que ça ne sert bien qu'à figer les choses pour l'instant. 

14/04/2008

De la dédiabolisation des Chinois

Finalement, le débat autour du respect des droits de l’homme par la Chine revient sur une scène de discussion de responsables politiques, après avoir été principalement brandi la semaine dernière par les citoyens occidentaux, notamment lors des passages de la flamme olympique dans leurs pays. Et c’est très bien. La Chine s’est indignée de « l’intrusion grossière » des députés européens et vient de protester contre la résolution sur le Tibet déposée par quelques sénateurs américains. Aujourd’hui, le président pakistanais Musharraf, en visite à Pékin, a pointé du doigt la « vision occidentale » des droits de l’homme – un point de plus pour lui, au passage, alors qu’il est en train de négocier un oléoduc entre le Pakistan et la Chine !

 

Ce recentrage « politique » de débat est une bonne nouvelle pour moi, inquiète des bruits reçus de France, où on me dit que certains ont tendance à confondre régime autoritaire de Pékin et peuple chinois. Or le débat avait l’air de se transformer en un affrontement entre peuples -nos dirigeants se sentant trop coincés par des engagements économiques pour réagir jusqu’à cette fin de semaine dernière-, et un amalgame aurait cristallisé les choses. Pour autant, ce n’est pas parce que le débat se recentre qu’il est inutile de vouloir expliquer que si tous les Chinois sont fiers, ils ne sont pas pour autant tous nationalistes. Que s’ils tiennent à leurs souverainetés au Tibet ou à Taiwan, ancrées dans leurs esprits à coups de matraquage propagandistes, ils ne sont pas pour autant opposés aux droits de l’homme… encore faudrait-ils qu’ils aient intérêt à réclamer cette notion « occidentale » des droits de l’homme. 

 

Bien sûr, dans les médias occidentaux, nous avons tous évoqué des réactions nationalistes cette semaine, car il fallait surveiller comment réagissait cette jeune génération, non seulement particulièrement fidèle au drapeau, mais en plus cible de la propagande sur les médias occidentaux biaisés. Etant souvent ceux qui pouvaient accéder par internet à des images ou des photos mis en ligne à l’ouest, Pékin se devait de décrédibiliser ces sources à leurs yeux. Mais cette génération est loin de refléter l’ensemble des Chinois, contrairement à ce que l’ambassadeur de Chine au Royaume-Uni affirmait hier dans le Sunday Telegraph. Quant aux Chinois d’outre-mer « sponsorisés », acheminés et habillés par leurs consulats sur le passage de la flamme, il ne faut pas oublier qu’il est souvent encore plus facile d’attiser le côté nationaliste des expatriés que des locaux.

 

« Les responsables de ces troubles en France, c’est le Dalaï-Lama et sa clique », me lâchait vendredi un chauffeur de taxi pékinois, qui n’en voulait pas du tout ni aux Français, ni aux autres Occidentaux, malgré ce que veux faire croire le gouvernement. Car si quelques Chinois parlant une langue étrangère ont pu accéder aux reportages des médias étrangers, la grande majorité n’a reçu que la vision des choses officielle, à laquelle il était impossible d’échapper. Et la ligne du parti était de montrer au « laobaixing », Chinois moyen, que les sabotages provenaient d’un ennemi unique : le « Dalaï ».

 

« Les droits de l’homme en Chine ? Vous savez, ce n’est pas si mal, continuait ce chauffeur de taxi. Les vieux touchent des retraites, les paysans ont eu leurs dettes annulées, et les étudiants ont un minimum de frais à payer. » Cette vision « toute chinoise » des droits de l’homme, très liée aux progrès économiques, explique bien que ce peuple entier ne va pas se lever d’un seul coup pour des droits politiques qu’il n’a quasiment jamais connu… et alors que la situation s’améliore globalement pour eux, encore plus depuis que Hu Jintao est aux commandes. Ils ne pensent qu’à rattraper leurs 50 ans de retard. Se reconstruire en une génération comme ils l’ont fait, de là où Mao les avait laissés, c’est déjà un exploit. A la fin des années 80, ils auraient bien été plus loin dans l’ouverture politique… contredisant les détracteurs de l’idée que les droits de l’homme ne pourraient s’adapter à la culture chinoise. Mais le couperet de 1989 a été net. Le spectre des manifestations avortées, s’il est encore tabou, a fait se renfermer une génération qui comptait de nombreux esprits ouverts… et convaincu les autres qu’il fallait s’enrichir tout en restant discrets.  

C. Dijkhuis 

16:51 Publié dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (5)

La clope bannie des Jeux: marche arrière toute!

Eh bien c'est fait: deux semaines après avoir annoncé que Pékin et la plupart des lieux publics seraient non-fumeurs à partir de mai prochain, les autorités chinoises reviennent sur leur décision, et demandent simplement aux restaurants de créer des zones fumeurs et des zones non-fumeur. Ce qui restera tout de même un petit progrès ici, soit dit en passant.  Il était certes impensable de penser pouvoir réellement stopper 35 millions de fumeurs pékinois, comme je le notais dans la première chronique "Comment les JO changent (ou pas) les Chinois". Est-ce que les autorités se seraient rendu compte que les annonces à la soviétiques et le bluff qui les accompagne ne fonctionnait plus? Qu'il fallait changer de méthode de communication et oser jouer la transparence?

08/04/2008

"La passion française salue la flamme à Paris"

« La passion française salue la flamme à Paris », titre le China Daily. Il ne fait pas si bien dire… sauf que l’angle choisi par le quotidien officiel en langue anglaise n’est bien évidemment pas celui préféré par vos journaux français ce matin. En première page du site de l’agence officielle Xinhua, une photo de quelques Chinois à Paris tout sourire et drapeaux rouges à étoiles jaunes à bout de bras. Minimiser les incidents de Paris, c’est la ligne apparemment donnée dès hier soir par les porte-parole du comité d’organisation des Jeux chinois, le Bocog, et suivie dans les médias ce matin. « Nous condamnons fermement ces quelques séparatistes. Leurs actions seront condamnées à travers le monde et sont vouées à l'échec », avait dit hier Wang Hui, la directrice médias du comité. Cette version est reprise en cœur et de façon uniforme ce matin, depuis le Quotidien du Peuple aux pourtant assez ouverts Beijing Youth Daily ou Nanfeng Daily. Tout juste les auditeurs et les lecteurs chinois ont-ils su que le parcours de la flamme a été perturbé par « quelques séparatistes tibétains et leurs soutiens », mais rien en revanche sur les multiples péripéties. « Ces évènements ont suscité l’indignation du public », explique la voix officielle, oubliant de mentionner le nombre de manifestants Parisiens, ou même la participation des politiques français. « Le parcours de la flamme est à l’heure sur son horaire », se cantonnent de mentionner les quotidiens. Quelques quotidiens ont choisi de mettre en avant des commentaires plus nationalistes. Le China Daily, par exemple cite la porteuse de torche chinoise en fauteuil roulant : « Je les méprise », affirme-t-elle en parlant des manifestants. La chaîne de télévision CCTV1 a mis en avant les propos officiels démentant que la torche a été éteinte. "Les reportages des médias étrangers affirment que la torche a été contrainte d'être éteinte, c'est faux", a affirmé à l'écran le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Jiang Yu. « Les Français pensent qu’ils sont à l’origine de la liberté, explique dans les colonnes du Global Times un universitaire de la prestigieuse Qinghua. On ne peut pas vraiment savoir ce que veulent les Français, mais en tous cas, leur gouvernement perdra la face : nous avons tellement de supporters à travers le monde. »

A Pékin, Caroline Dijkhuis

 

03/04/2008

Fin de course pour les fumeurs?

Passionnée par la Chine et ses bouleversements, impossible de ne pas voir comment les JO et leur annonce il y a sept ans ont changé (encore plus vite) les Chinois et leur pays. Ancienne de 20 Minutes Lille, je suis arrivée a Shanghai il y a bientot trois ans, et déja, j'avais ete etonnée de voir comment la societé avait evolué depuis ma première expatriation à Pekin en 1999. Et lorsque Paris m'a proposé d'ouvrir ce weblog, l'idée de cette chronique "Comment les JO changent (ou pas) les Chinois" s'est imposée d'elle-même. Parfois, ce sera très anecdotique, parfois au contraire, je vous raconterai de grandes évolutions de fond de la société dues aux Jeux. C'est en tous cas la meilleure facon je trouve de vous expliquer la Chine d'aujourd'hui. Et j'espère qu'elle vous plaira !
Caroline Dijkhuis 

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Lors d'un bref séjour a Paris en janvier, j'ai assisté au passage aux restos non-fumeurs... et regardais avec étonnement  tous les accros à la nicotine se geler sous les hautvents des terrasses. Un peu avec envie aussi, pour la non-fumeuse notoire que je suis... en me disant : "Ah ce n'est pas demain qu'on verra cela en Chine!" Eh bien je me trompais. Fin janvier, Pékin a annoncé qu'un projet de loi était dans les tuyaux, et ça a été enterriné la semaine dernière : à partir du 1er mai, la cigarette sera bannie de Pékin. Du moins dans les gares, bibliothèques, musées, restos, hotels, et, vous serez heureux de l'apprendre, dans les hôpitaux et les écoles! Oui car jusqu'ici, il était possible de sortir une clope quasiment n'importe où en Chine.

Véritable paradis du tabac : avec 350 millions d'adeptes, les Chinois représentent le tiers des fumeurs mondiaux. Le week-end, les hommes louent des chambres d'hotel pour disputer des parties de mah-jong cliquetantes, en fumant cigarette sur cigarette... à tel point que ça enfume les chambres voisines. Parfois, entre deux haut-le-coeur, c'est à vous de demander au chauffeur de taxi (poliment ou non) s'il veut bien éteindre sa clope car vous avez un bébé sur les genoux. En Chine, c'est bien simple, offrir une cigarette à ses invités ou ses hôtes fait encore partie du cérémonial de bienvenue, gage de bienséance. Comble du comble, le champion mondial de 110m haies Liu Xin fait même de la pub pour une marque chinoise de cigarettes.

Forcement, cette image tronquée a des conséquences désastreuses : un million de Chinois meurent chaque année de maladies liées au tabac. Ca ne coûte pas cher à la secu - puisqu'il n'y en a pas, mais ça fait un peu tâche au tableau de Pékin. D'ailleurs, l'OMS (organisation mondiale de la santé) s'est pressée de féliciter le gouvernement de Wen Jiabao à l'annonce de la nouvelle loi. 

Reste à voir si la mesure sera réellement appliquée. La capitale chinoise avait deja tenté de reserrer le contrôle des fumeurs en 1996, ça avait été sans effet. En présentant les JO comme raison principale de la décision, Pekin met la pression sur les Chinois qui sont assez fiers, et en même temps assez ouverts, pour montrer la meilleure image d'eux-même cet été. Mais tout de même : à Pékin, cela concerne 35 millions de fumeurs. Comment les contrôler et comment désarçonner une mauvaise habitude bien enracinée ? Les rédacteurs de la loi ont été malins : l'amende est relativement faible à l'encontre du contrevenant (50 yuans, 5 euros). En revanche, elle frappe beaucoup plus fort le lieu public concerné puisque le propriétaire de l'endroit devra verser entre 1000 et 5000 yuans (100 à 500 euros). Bref, Pékin est fidèle à sa méthode classique d'encouragement à l'autocensure pour s'assurer la paix des troupes. 

Mais il sera loin d'être facile pour les hôtels et les restaurants de convaincre leurs clients d'obéir. Les premiers devront désormais présenter 70% de chambres non-fumeurs - ce qui laisse de facto bien moins de place aux ripailleurs du week-end. Pour les seconds, il sera aisé de supprimer les cendriers et tancer les recalcitrants... mais moins de savoir ce qu'il se passe dans les nombreuses petites salles privées que comptent la plupart des restos. Sans compter que souvent en Chine, dîner enfumé rime avec dîner arrosé (d'alcool de riz et de bière à flots), ça risque de ne pas se passer sans heurts! Des fumeurs l'ont déjà compris : dans les restaurants sichuanais de la chaine Meizhou Dongpo, passés non-fumeurs avec fanfares et trompettes dès janvier, des clients se sont enfermés dans les salles, empêchant les serveurs d'entrer juste le temps d'une bouffée... En tous cas, je doute (encore très fortement) de voir des scènes aussi exagerées que celles des terrasses parisiennes à Pekin. Pour cet ete de toute façon, ça tombe bien, puisque les Pékinois aiment dîner dehors. Et peut-être qu'une nouvelle loi permettra même aux restaurants d'agrandir leurs terrasses...


01/04/2008

Pékin limoge à tour de bras ses coachs embauchés à la va-vite

Ils étaient souvent le dernier gage de médaille pour la Chine. Les entraîneurs étrangers ont eu la côte à Pékin : quelques 70 coachs se sont ainsi fait débaucher depuis 2005 pour travailler au sein des équipes olympiques chinoises. Mais les dernières semaines marquent un coup d’arrêt.  Pékin enchaîne les limogeages, et il n’en resterait plus que quarante d’entre eux dans la capitale chinoise.

Les Français n’ont pas échappé au phénomène : sur les quatre entraîneurs qui avaient relevé le défi, il n’en reste plus que deux en poste, Christian Bauer (escrime) et Daniel Morelon (cyclisme sur piste)… sachant que celui-ci travaille en France, à Hyères. Le cas d’Elisabeth Loisel (football féminin) est celui qui a fait le plus parler de lui, il y a dix jours… et pour cause : la Française n’était en poste que depuis quatre mois, elle était venue remplacer la Suédoise Marika Domanski-Lyfors qui quittait la Chine sur fond de tensions avec la fédération de football. Un peu avant elle, en février, c’est Gaétan Le Brigant, conseiller auprès de la fédération de basket depuis 2003, qui a dû quitter ses fonctions. Le coach de basket revient pour 20 Minutes sur les liaisons dangereuses entre Pékin et ses entraîneurs « laowai ».

 
Les équipes chinoises ont-elles vraiment de besoin d’entraîneurs étrangers ?

Le besoin s’est fait sentir car il y avait l’urgence des JO et que la Chine ne voulait pas se retrouver 8è, 9è ou 10è dans certaines disciplines. D’abord ils ont essayé de fonctionner avec des coachs chinois ;  dans toutes les disciplines, ça a été l’optique du départ, décidée après Athènes. Avoir des conseillers étrangers, à la rigueur, comme moi auprès de la fédération de basket, certes, mais en retrait : il fallait laisser la première place, celle que l’on voit sur le banc de touche, à un Chinois. Et puis ils se sont rendu compte en s’approchant de l’échéance de Pékin qu’il y avait eu soit des retards dans la préparation, soit des manques, des absences, et puis en voyageant, qu’il y avait d’autres choses ailleurs.

 

Les entraîneurs chinois sont-ils si mauvais que ça ?

Le gros souci, un peu comme ça se passait dans l’ex-Urss, c’est que les entraîneurs sont les anciens athlètes : lorsqu’ils arrêtent leur carrière, on leur confie les rênes d’équipes, soit d’une équipe nationale, soit d’une équipe du plus haut niveau professionnel. Ils prennent donc un wagon en route sans avoir aucune formation, aucun esprit d’analyse, aucun connaissance scientifique de l’entraînement, si ce n’est ce que eux ont vécu auparavant, et ce qu’ils ont vécu c’est ce qu’avait vécu le prédécesseur… c’est un cercle infernal. Dans les pays occidentaux, il y a des tas de coachs qui n’ont jamais été joueurs de haut niveau.

Perpétuer sans arrêt le même système d’entraînement ne leur permettait pas d’aller jusqu’au bout d’une compétition. Donc ils ont décidé d’ouvrir un peu cet éventail d’entraînement en allant chercher ailleurs.

 

Comment explique-t-on du coup autant de limogeages d’entraîneurs étrangers depuis quelques mois ?

Dans les sports où la Chine a estimé qu’elle ne pouvait plus être médaillable, ils se sont dits que pour des aspects d’image extérieure, il fallait tant qu’à faire que ce soit un coach chinois qui soit à la tête de l’équipe plutôt qu’un étranger. La deuxième raison, c’est un peu ce qu’il s’est passé au niveau du football avec Elisabeth [Loisel, ndlr] : les méthodes d’entraînement qu’on propose à un moment sont vraiment en décalage avec leurs habitudes. Ca peut ne pas être bien vécu tant par les sportifs que par les dirigeants. Quand vous avez des pressions contre vous, que les gens n’adhèrent pas à votre projet, que vous avez sans arrêt des oppositions systématiques… à un moment, on a tant du côté de l’entraîneur que des dirigeants l’envie de ce séparer.

 

Ca a été le cas pour vous ?

Non, pour moi ça n’a pas été d’un commun accord. Ca a été décidé par un nouvel officiel arrivé l’année dernière, qui a expliqué à ses supérieurs que le courant ne passait plus entre les filles et moi. Ca s’est avéré être un mensonge, donc il a été évincé de l’équipe. On m’a dit qu’on reconnaissait que c’était une mauvaise décision, mais qu’on ne pouvait pas revenir dessus.

 

Est-ce que la Chine s’est donnée les moyens d'attirer les cerveaux sportifs ?

Ce ne sont pas des salaires pharaoniques comme on peut le dire. Pour Elisabeth Loisel, on parle d’une indemnité de 80 000 euros pour les 6 ou 8 mois qui restaient à couvrir selon son contrat, ce n’est pas démesuré. Mais pour moi, c’est plus le challenge des Jeux qui compte : être entraîneur ici dans le pays organisateur des JO, c’est un atout qui ne se mesure pas en termes financiers. Je suis donc très déçu de ne pas pouvoir y participer.

 

Vous êtes arrivé en 2003, et pourtant, vous étiez jusqu’au mois dernier le plus ancien entraîneur étranger en poste à Pékin. En arrivant si tard, les coachs ont-ils le temps suffisant pour installer une stratégie pour les JO ?

La Chine a essayé de pallier au plus pressé mais des JO ne peuvent pas se préparer en un an, deux ans ou sur une olympiade, en particulier avec des athlètes habitués à des choses très éloignées des standards occidentaux. Sur le plan des habitudes, on arrive à changer relativement facilement les mentalités des joueurs à l’entraînement. Ca ne se fait pas du jour au lendemain, mais on arrive à les rendre plus combatifs, plus concentrés, plus excités… même si ça vient souvent en décalage avec ce que les dirigeants souhaiteraient voir. Les officiels ont une image du sport très différente, et être pris à rebrousse poil devant leurs athlètes est très mal perçu dans ce pays où on déteste « perdre la face » : ils n’aiment pas qu’on leur montre que le chemin qu’ils ont pris n’était pas forcément le bon chemin. Mais certains dirigeants chinois, comme le n°3 du sport chinois, ont relayé le fait qu’un entraînement puisse être ludique et pas seulement ennuyeux, répétitif. Entendre ça chez nous, ça nous ferait sourire, mais en Chine, quand vous voyez des joueurs prendre plaisir à l’entraînement, c’est très mal vu. La mise au point du n°3 était importante, mais elle est difficilement relayée à la base des entraîneurs.

 

Au-delà des mentalités, quels sont les autres freins que rencontre le coach étranger ?

Il y a aussi la différence dans la préparation physique : on ne peut pas changer un organisme, le mode de fonctionnement des muscles sur un espace très bref. Or l’une des caractéristiques du sport chinois c’est le volume d’entraînement, des répétitions, qui font qu’il n’y a plus rien d’explosif. Et puis il y a des freins culturels : la Chine est longtemps restée trop recroquevillée sur elle-même : on a sans arrêt ces références à leur histoire, « le corps chinois n’est pas le même que celui des occidentaux », « notre culture nous interdit les bains glacés [qui permettent d’activer la circulation et de récupérer plus vite, ndlr], c’est interdit par le taoïsme ou Confucius », « on n’a pas eu la même nourriture »... Au niveau des Russes, de l’Allemagne de l’est, il n’y avait jamais ces freins là ; il y en avait d’autres, mais pas si lourds. Et c’est grave, car c’est derrière ça que se réfugient des dirigeants et certains sportifs. Et ça les empêche de progresser. Nous on a eu des joueuses blessées, et il leur a fallu trois fois plus de temps pour récupérer qu’il le faudrait à un athlète occidental.

 

Cela a-t-il des conséquences directes sur les équipes olympiques ?

Absolument. En ce qui concerne le basket par exemple, certaines meilleures joueuses d’Asie ne sont pas dans l’équipe. Et celle qui y sont, ne sont pas à 100% de leur potentiel physique, mais elles ont un tel atout sur le plan de l’adresse ou de la construction du jeu qu’elles seront dans le groupe. On ne voit pas ça dans les autres équipes internationales.

Recueilli par C. Dijkhuis

31/03/2008

Le 08.08.08.: l'autre chance pour la Chine?

La flamme sur la place Tiananmen - ou comment transformer les symboles. Ce matin, à 9 heures, au cœur de Pékin, le président Hu Jintao a remis la flamme olympique au champion du monde de 110 m haies (et star nationale) Liu Xiang. C’est une étape importante pour les Chinois ; la prochaine sera l’entrée de la flamme dans le stade olympique quand elle reviendra de son périple mondial et lancera les Jeux.

Je me rappelle de la première étape. Une télévision placée au milieu de la foule du village, branchée à un générateur. Un vieil homme qui lève les bras au ciel et explose de joie : on est en 2001, et la Chine vient d’apprendre qu’elle accueillera les Jeux Olympiques en 2008. Après des années de recul et d’enfermement, « les JO sont pour les Chinois le symbole du passage d’une ancienne à une jeune nation, d’un grand à un puissant pays », reconnaît le China Daily, un des journaux du parti. Pour officialiser un peu plus sa chance, ou conjurer le mauvais sort, Pékin a judicieusement choisi la date du coup d’envoi de l’évènement, le 8 août 2008 à 20 heures 08 : le 8 est un chiffre qui porte particulièrement bonheur en Chine. Et jusqu’ici, ça avait l’air de fonctionner.

Pendant sept ans, la Chine a réussi à convaincre qu’elle s’ouvrait, à gommer le côté dictatorial du régime de Pékin. Mieux encore : elle a fait croire à tout le monde que les JO auraient un effet positif et catalyseur sur sa société, y compris sur les droits de l’homme – même si maintenant tout le monde l’a compris, cette condition n’a jamais été inscrite dans le cahier des charges du CIO. Jusqu’il y a deux semaines, avec les premiers affrontements à Lhassa. Sans même se prononcer sur la souveraineté du Tibet, la simple façon qu’elle a choisit de gérer la crise est inacceptable : fermer une partie de son territoire aux médias et aux étrangers*, et par là même au reste du monde n’est pas digne d’un « pays puissant ». Oser demander au CIO la permission de retransmettre en différé les Jeux, c’est tout simplement se moquer du monde, au sens propre.

Boycotter les Jeux pour autant serait une erreur. Vu d’ici, ce débat paraît plus européen qu’autre chose, et particulièrement français. Le sinologue Jean-Luc Domenach se dit lui inquiet de la réaction potentielle parmi les Chinois, et il a raison : « il y a un tel nationalisme qui gronde, un boycott provoquerait une lame de fond inimaginable. »

En revanche, ces quatre mois qui précèdent les Jeux sont le moment où jamais pour faire pression sur Pékin sur la scène internationale politique, il y a une partie serrée à négocier – il ne faut pas la laisser passer, elle ne se représentera pas de si tôt. La Chine doit comprendre qu’elle ne peut plus indéfiniment faire du chantage, mettant son formidable marché potentiel de consommateurs dans la balance, comme elle le fait dans tous les échanges économiques. Elle a des devoirs maintenant. C’est sur ce processus politique que s’est engagée –courageusement- Angela Merkel. Reste à voir qui la suivra. En tous cas, ce serait presque une chance pour les Chinois que Pékin puisse  adoucir sa politique sans perdre trop la face : étant donné l’enjeu des JO ici, des concessions seraient peut-être imaginables du côté du régime chinois.
A Shanghai, Caroline Dijkhuis

*après avoir pourtant mis en application une nouvelle loi « facilitant » le travail des journalistes depuis le 1er janvier dernier !

« Aux Jeux Olympiques, il y aura des courses de bœufs ! »

Le Dongxiang, c’est l’une des terres les plus reculées et les plus pauvres de Chine. Les habitants, des musulmans descendants des soldats de Gengis Khan, ont vécu en autarcie dans les montagnes enclavées du Gansu (nord-ouest de la Chine) depuis le 13e siècle et jusqu’il y a cinquante ans. Certains d’entre eux ne savent parfois pas qu’ils sont Chinois. Et pourtant, même eux ont entendu parler des Jeux de Pékin. Mais le message n’est pas toujours passé comme le prévoyait la massive propagande chinoise…

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A cinq minutes à peine d’une des sorties de l’autoroute qui traverse le Gansu, on s’engage en pays Dongxiang entre de grandes montagnes de terre ocre. La voie bitumée se transforme en route de cailloux poussiéreux. On a l’impression d’arriver dans un cul-de-sac, que la Chine s’arrête là. Des deux côtés, on voit les griffes de pelleteuse : le chauffeur, un gars du coin émigré à Lanzhou, la capitale de province, explique que nous avons de la chance : jusqu’à l’an dernier, il n’y avait qu’un simple chemin pour traverser le Dongxiang d’un bout à l’autre. 


De la route, on voit au loin des regroupements de maisonnettes, des trous de grottes, dans lesquelles les gens duab61eb0b5bb33930d17b14de75e61bc6.jpg Dongxiang ont longtemps vécu. Gao Zuliha, 50 ans, hidjab noir jusqu’aux épaules, habite une cabane en briques et attend que le temps passe. Elle est tellement loin du reste du monde qu’il n’est pas étonnant qu’elle échappe au matraquage médiatique qui sévit dans toute la Chine. Deux enfants en bas âge s’agrippent à ses jambes. « La Chine, je ne sais pas ce que c’est, affirme-t-elle. Mais j’ai su par d’autres que j’étais Chinoise. » Quand on lui demande ce que sont les Jeux Olympiques, elle répond « un rassemblement, qui aura lieu en 2008 », mais en ce qui concerne Pékin, elle ne sait pas dans quel pays se trouve cette ville.

 

8ce80cf133dcba98b032a0f62cd9d088.jpgQuelques kilomètres plus loin, on traverse la « capitale » du Dongxiang, un gros village où les villageois convergent pour se rendre au marché. Une petite place en marge de la rue principale abrite le marché aux bêtes, réservé aux hommes. Un vieil homme, calotte sur la tête et barbichette blanche, accueille par des moqueries la question naïve « Le Dongxian fait-il partie de la Chine ? » « Bien sûr que nous sommes Chinois ! Et les Jeux Olympiques, je peux vous dire que c’est une très grande compétition sportive, explique-t-il entre deux72d9df7d78e35bdd41ffd9c3211fa861.jpg postillons, à la limite de l’agacement. Ca se passe dans les grandes villes, comme Pékin, Shanghai… il n’y en aura pas dans le Dongxiang. Mais on y disputera de nombreuses disciplines… comme le patinage à glace ou les courses de chevaux, il y aura même des courses de bœufs ! »

4ee48fddede7bca5a060b5c4b521b712.jpgToujours un peu plus loin, à 50 mètres en contrebas de la route, Zhang Shiguo confectionne des briques pour reconstruire sa maison détruite par les intempéries. En attendant, cet homme de 44 ans a réemménagé avec sa femme et ses deux enfants dans la grotte qui avait été creusée par ses parents. Sur le poêle, une casserole pleine de pommes de terre –la seule chose qui pousse dans le Dongxiang, sur la table, un peu de pain. Zhang Shiguo est tellement pauvre que cette année, il n’a pas pu s’acheter de viande, même pour Nouvel an. « Les Jeux olympiques, on sait que c’est un rassemblement, mais on ne sait pas de quoi exactement. En tous cas, c’est une bonne chose : après ça, la Chine sera développée, avance-t-il. Moi, tout ce que je sais, c’est que ça se passe à Pékin, en 2008. Il reste 164 jours. Je l’ai entendu à la radio, ils font le décompte tous les jours. »

Envoyée spéciale dans le Dongxiang, C. Dijkhuis

 
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