Avertir le modérateur

31/07/2008

Dans la série des grands absents à la cérémonie d'ouverture...

1583057622.jpg
 
 
Il ne vient pas, et on n’en fait pas tout un plat. C’est un dirigeant étranger qui compte pour la Chine, et pourtant, on en aura moins entendu parler que les longues hésitations de Nicolas Sarkozy. Et même moins qu’Angela Merkel qui a pourtant réussi à plutôt bien gérer son absence, puisqu’on n’en parle quasiment pas ici. Le leader nord-coréen Kim Jong-Il ne viendrait pas à la cérémonie d’ouverture des JO la semaine prochaine. C’est le Donga Ilbo, un journal coréen, qui l’affirme. A la place, il envoie son second plus fidèle lieutenant, Kim Yong-nam, le président de l’Assemblée suprême du peuple. Mais apparemment, ça ne choque pas Pékin. Le chargé d’affaire chinois à Pyongyang a affirmé à l’agence officielle chinoise que la Chine « accueillait avec enthousiasme la visite » de Kim Yong-nam.

30/07/2008

Où on parle d’athlètes dans le New York Times…

On ouvre le NYT, et on tombe cette semaine sur deux histoires différentes à propos d’athlètes, qui pourraient rapidement tourner à la polémique. Tout d’abord, une publicité étonnante dans les pages du célèbre quotidien new-yorkais ce matin. Et l’annonceur n’est autre que Student for a Free Tibet. Ca faisait quelques mois que l’association de Tibétains en exil amassait des fonds, avec pour idée de « demander (via la presse) à un athlète de vouloir les représenter aux JO de Pékin ».

365594383.jpg


Il y a quatre jours ils annonçaient que les 51 000$ nécessaires avaient été récoltés, et la pub est ce matin dans le quotidien.

Un athlète répondra-t-il à l'annonce. Un peu difficile de répondre: avec les interdictions de porter des badges, dur de s'engager discrètement à Pékin. Et puis j'entendais à la radio il y a quelques semaines l'un des trois sprinters américains du groupe Smith, Carlos et Evans, qui avait levé le poing à Mexico pour protester contre la situation des Noirs aux Etats-Unis en 1968, et affirmait que cela avait déservi leur carrière.

***

Dimanche, c’est un révélation sur deux gymnastes chinoises qui a surpris : alors que l’équipe nationale chinoise de gymnastique a été désignée vendredi dernier, les reporters américains révélaient qu’il y a de fortes chances que deux des filles, dont la favorite aux barres asymétriques He Kexin, n’avaient pas les 16 ans requis pour participer aux JO (c’est une règle olympique qui date de 1997).

Les autorités chinoises se sont empressées de montrer les passeports des deux petites, où tout est en règle. Mais voilà, un peu plus tôt dans l’année, le China Daily affirmait que He avait 14 ans et était trop jeune pour concourir. Le New York times a retrouvé en ligne deux listes officielles affichant une date de naissance pour He Kexin le 1er janvier 1994, ce qui lui ferait tout juste 14 ans et demi. Et elle est donc plus légère et, selon des athlètes renommées, les jeunes athlètes osent plus que leurs aînées. Ces pages sont dorénavant bloquées sur l’internet de Chine.

Il faut tout de même garder en toile de fond que les adversaires principales de He Kexin sont Nastia Liukin et Shawn Jonhson, vice championne et championne du monde… deux Américaines.  

Le 08.08.08 : soucis en vue pour Nicolas Sarkozy ?

Décidément, les aventures de Nicolas Sarkozy en Chine sont loin d’être bouclées. Après avoir fait durer le suspens quatre mois sur sa présence à la cérémonie d’ouverture, avoir réglé le dossier du boycott touristique de la France il y a deux mois, certainement avoir réglé l’histoire du boycott commercial révélé lundi, enterré le soi-disant « boycott » de Carrefour, et presque fait oublier que le Dalaï-Lama serait en France en août, les Verts rempilent. Ils ont annoncé qu’ils afficheraient en grand les portraits du militant des droits de l’homme Hu Jia et du leader des Tibétains en exil sur la Mairie de Paris pendant les JO.

 Ca va encore faire des cheveux blancs aux diplomates français ici. Il faut savoir qu’en Chine, il est peu concevable de croire que Nicolas Sarkozy, président de la République, n’ait aucun pouvoir sur les élus du Conseil de Paris. Ca se voit directement sur les forums ou dans les blogs, qui amalgament les actes du président de la République et ceux de Bertrand Delanoë.

 Et ça ne va pas arranger son accueil dans dix jours… on chuchote déjà qu’il voulait descendre à nouveau cinq étoiles le Sofitel Wanda, dans la suite de 800 m2 dans laquelle il a séjourné en novembre dernier… mais on lui a signifié qu’elle n’était plus disponible.

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                  

29/07/2008

Première enquête sur un cas de censure présumé au village des médias

C’est étonnant. Nous autres correspondants étrangers en Chine pensions que le village des médias et les envoyés spéciaux pour les Jeux seraient épargnés. Mais le CIO a déjà annoncé qu’il allait enquêter sur un cas de censure présumé du service internet du centre de presse des JO.
Aujourd’hui, il était impossible d’accéder depuis le centre de presse au site d’Amnesty International, qui a publié hier un rapport dénonçant un recul des droits de l’homme « à cause des JO ». La censure sur internet est assurée par la « grande muraille électronique » en Chine, un firewall qui interdit l’accès à une liste de sites présélectionnés.

25/07/2008

Des annonces terroristes en Chine et de ce qu'elles signifient

Hier soir l’agence officielle Chine Nouvelle a annoncé avoir déjoué un attentat contre le stade de Shanghai, où se dérouleront cet été douze rencontres de football. Ce n’est pas la première atteinte potentielle contre les JO mise en avant par la police chinoise : la police a même affirmé avoir, depuis le début de l’année, arrêté 82 terroristes présumés originaires du Xinjiang, cette province du nord-ouest qui abrite des musulmans Ouighours, dont certains séparatistes. Le Xinjiang et le Tibet sont les deux provinces où l’ethnie Han, qui constitue 95% de la population chinoise, n’est pas majoritaire.
Info ou intox ? Certains veulent-ils vraiment « saboter » les JO ? Petit décryptage.


De plus en plus de « menaces terroristes » déjouées ont été rendues publiques cette année, pourquoi ?
Au fur et à mesure que l’on s’approche des Jeux, l’écho est plus important en occident, c’est inévitable, d’où un effet grossissant.
Mais il est vrai aussi que des minorités contestataires peuvent vouloir profiter de ces « projecteurs sur la Chine que sont ces Jeux » pour faire connaître leurs revendications. C’est ce qui s’est passé au Tibet en mars. Et c’est ce qu’expliquait le directeur du CEFC Jean-François Huchet au début de la crise, qui pensait que les séparatistes du Xinjiang essaieraient peut-être de faire parler d’eux d’ici le début des JO.

En revanche, attention à ne pas confondre « terrorisme potentiel » avec d’autres émeutes ou attentats dont on entend plus parler en France aussi – lundi les deux explosions de bus au Yunnan, au début du mois les émeutes au Guizhou… Là, il s’agit de contestations quotidiennes, souvent de Chinois moyens contre des cadres locaux. Il y en a eu 85 000 en 2006.

Y a-t-il une augmentation réelle des risques ou pas ?
Les observateurs occidentaux ont toutefois du mal à prendre au sérieux ces annonces, car elles sont toujours floues, rarement annoncées au moment des faits. Par exemple, en ce qui concerne la cellule démantelée hier, on ne sait pas quand les arrestations ont eu lieu, ni combien de personnes ont été arrêtées. 

Début juillet, selon l’AFP, des associations d'Ouïghours, l'ethnie turcophone majoritaire du Xinjiang en exil, avaient démenti à plusieurs reprises l'existence d'une telle menace.

Alors pourquoi autant de publicité autour de ces menaces terroristes ?
Les défenseurs des droits de l’homme pensent plutôt que ça permet à Pékin 1/ d’accentuer la pression sur les voix contestataires (religieux tibétains, du Xinjiang, avocats et journalistes connus des autorités pour s’élever contre le régime), 2/ de justifier ce dispositif très que les autorités sont en train de mettre en place. Et ce qu’on a dénoncé sur ce blog depuis le début du mois, avec le déploiement de100 000 soldats, policiers ou paramilitaires, la fermeture de deux campus d’où étaient parties les manifestations de 1989 pour l’été et l’installation de missiles sol-air, entre-autres. Ca marche, les habitants de Pékin sont convaincus qu’il y a de fortes possibilités d’attentat cet été, et supportent d’autant mieux la présence policière croissante. Même si tout cela risque de gâcher l’ambiance de fête des Jeux.

24/07/2008

Pollution: le grand défi (visible) des JO

Le ciel est gris. Absolument gris aujourd’hui à Pékin. Et pourtant, depuis cinq jours, on est entrés dans la phase de lutte maximale contre la pollution : 1,5 millions de véhicules ont disparu des routes grâce à la circulation alternée ; une soixantaine de grosses usines sidérurgiques et métallurgiques de la capitale ont réduit ou stoppé leur production. Pékin joue gros, après avoir promis un air pur pour les Jeux. Et sur un timing serré : les autorités du bureau de l’environnement affirment qu’il faut 20 jours pour voir les effets de ces mesures. Ce qui nous amène directement à la cérémonie d’ouverture des Jeux.


La situation de la ville a tendance à accentuer la pollution : Pékin est dans une cuvette, et en plus, victime de tempêtes de sable. Mais on ne peut pas blâmer que la géographie. Depuis le SRAS, les Pékinois qui en avaient les moyens se sont mis à acheter des voitures, et résultat, 1000 véhicules arrivent chaque jour sur les routes de Pékin – alors qu’à Shanghai par exemple, le nombre est limité à 3000 par mois. Il reste encore des usines en plein centre-ville aussi. Et la qualité de l’air semble vraiment avoir empiré depuis. Même si Pékin affirme avoir dépensé 17 milliards de dollars pour lutter contre la pollution.

2129753744.jpg
 
        Photo: BBC. La même vue un jour de ciel bleu, et un jour de "brouillard" de pollution

Bien entendu, cela inquiète à juste titre les athlètes : en septembre dernier, lors d’une compétition « test » à Pékin de BMX, seuls huit concurrents sur 50 ont terminé l’épreuve. La BBC révèle aussi que le CIO a été submergé de demandes de sportifs pour utiliser des médicaments contre l’asthme lors des compétitions cet été.

En janvier, une polémique a éclaté, un jeune chercheur, Steven Andrews, révélant dans l’édition asiatique du Wall Street Journal que le bureau de l’environnement de Pékin triche dans ses méthodes de mesure de l’indice de la pollution de l’air. Deux des stations témoins situées dans les endroits de la ville les plus pollués n’auraient, selon lui, plus été prises en compte. Il affirme aussi que les officiels ont substitué un polluant à un autre. Bref, sans ces changements, la ville n’aurait pas atteint ses « objectifs de Ciel Bleu », ni en 2006, ni en 2007.

En février 2007, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a aussi mis à jour ses standards de polluants. Sa nouvelle norme autorise 50 microgrammes par mètre cube d’air et par jour des particules en suspension PM10 (particules de diamètre inférieur à 10 microns – le pire polluant à Pékin, sachant que plus les particules sont fines, plus elles pénètrent facilement les voies respiratoires.) La Chine autorise une norme trois fois supérieure (150 microgrammes). Toutefois, Pékin a assuré qu’elle se plierait aux normes de l’OMS pendant la durée des Jeux.


Seulement voilà, le correspondant de la BBC à Pékin, James Reynolds s’est livré à une petite expérience au début du mois, avant d’affirmer qu’à un mois des Jeux, la Chine était loin d’être prête de ce côté-là. Il s’est procuré un appareil pour mesurer la quantité de PM10 dans l’air, et a fait une série de tests la première semaine de juillet. Sur sept jours, six ne sont pas dans les normes de l’OMS ; trois dépassent même les 150 microgrammes autorisés en Chine (02/07/08: 172, 04/07/08: 351, 07/07/08: 242). Seul hic, noté par ses lecteurs, le journaliste ne procède à ces mesures que quelques minutes par jour, alors qu’il faudrait le faire sur 24 heures pour qu’elles soient totalement valables.
Pour le suivi consulter régulièrement son blog.
 
Par le passé, pour des manifestations ou des sommets importants, des villes chinoises ont réussi à faire reculer la pollution. Les autorités de Pékin sont convaincues que c’est une affaire qui roule et que le ciel sera bleu ; il reste un échelon « d’extrême urgence » dans son plan, qui signifierait fermer des usines des provinces de Tianjin, du Hebei et du Shandong avoisinants – qui causeraient entre 35 et 60% de l’ozone mesurée à Pékin selon un groupe de chercheurs.
 
 
641260385.jpg
Caricature de Harry, paru dans le South China Morning Post, juillet 2008 (IOC= CIO en anglais).

En cas de situation extrême, le CIO pourrait exiger de reporter ou délocaliser certaines épreuves, mais c’est une perte de face que Pékin aurait du mal à supporter – et finalement, quand on voit comment l’organisation a laissé manœuvrer la Chine cette année, on peut se demander si Jacques Roggue et ses acolytes ont une influence sur le gouvernement chinois. Et pour une fois, on peut aussi se demander : quid après les JO ? Espérons que cette trêve atmosphérique, si elle se réalise, rende les Chinois conscients des dangers environnementaux et sur leur santé que provoquera une si forte pollution prolongée.
Caroline Dijkhuis

18/07/2008

La campagne dont personne ne veut parler

895961114.jpg

 

C’est la campagne qui aurait pu remettre de l’huile sur le feu des relations franco-chinoises. Trois affiches d’épreuves sportives détournées, où des athlètes sont torturés par des policiers chinois, avec pour slogan « Après les JO, le combat des droits de l’homme doit continuer »…. C’est une campagne qui avait été créée pour Amnesty International par l’agence TWBA. Mais qui n’a finalement pas été diffusée. « Le résultat ne correspondait pas aux messages que l'on essaye d'associer à notre campagne pour les JO », a déclaré récemment Josefina Salomon, porte-parole d'Amnesty, précisant qu’ils cherchaient à conférer un message « plus positif ». Pourtant l’ONG a tout de même autorisé la boîte de pub de faire concourir cette campagne à un concours professionnel, la rendant de facto publique.

C’est le Global Times qui sort l’information en Chine cette semaine. L’affaire met dans l’embarras l’agence américaine, qui doit notamment renouveler un de ses contrats avec Visa, l’un des principaux sponsors des Jeux. La campagne a été créée par l’antenne parisienne de TWBA, le siège s’empresse de pointer du doigt « une personne qui a agit seule et sans concertation ».

Les menaces de boycotts resurgissent immédiatement, mais cette fois-ci, peu étonnamment, sont assez vite contenues. L’information n’est pas reprise par les médias officiels (entendre, elle est bloquée par le département de la propagande). On est à trois semaines des Jeux, Nicolas Sarkozy vient de confirmer sa venue aux Jeux, et la police de la toile a certainement reçu l’ordre de bloquer le maximum de vagues. Reste que quand on tombe sur des blogs passés entre les mailles du filet, les Français en prennent encore une fois pour leur grade. « Comment les Français font-ils pour faire ces bourdes idiotes à des moments critiques ? Du président français au maire de Paris (…). Ils ne sont vraiment que stupides… en plus d’être romantiques ! » [romantiques, langman, c’est le qualificatif associé d’habitude aux Français par les Chinois, ndlr] 

Mais ces blogs sont aussi parfois révélateurs de l’idée de la liberté que se font les jeunes Chinois. « S’ils étaient intelligents, les hommes d’affaires français changeraient de président, affirme ce blog. (...) Comment une telle campagne peut-elle être créée sans l’aval des dirigeants politiques ? » Caroline Dijkhuis

          
1105297518.jpg
 
1803107944.jpg
 

09/07/2008

Au cas où on aurait encore un doute sur le post d’hier…

Dans les quotidiens de Pékin ce matin, il y a une bonne nouvelle, et trois « mauvaises », comme on l’entend en Occident. Je commence par lesquelles ?

Déjà forts de bloquer les colis et autres courriers par coursiers à Tianjin, à 100 kms au sud de Pékin, pour les passer aux rayons X, ce sont les accès routiers à la ville qui sont dès aujourd’hui contrôlés. Des policiers accompagnés de chiens, harnachés de gilets pare-balles et équipés d’armes anti-émeute sont chargés de passer tous les véhicules au crible. Et une précision a été apportée : tous les accès à Pékin seront bloqués en cas d’urgence.

Autre information : les missiles sol-air sont prêts pour « garantir la sécurité des Jeux ».

1838877787.jpg

 

Enfin, alors que les étudiants s’apprêtent à partir en vacances, il est signalé que le campus de Beida (l’université de Pékin, l’une des deux à l’origine des émeutes du printemps 89) sera interdit aux visiteurs entre le 20 juillet et le 18 septembre.

Bon, heureusement, il y a une bonne nouvelle : exceptionnellement, la municipalité de Pékin réfléchit à publier une loi spéciale encourageant au télétravail pendant toute la durée des JO, qui permettrait aux Pékinois de certaines administrations et entreprises de ne pas sortir de chez eux… afin de ne pas encombrer les rues de la ville et d’aggraver la pollution atmosphérique. C.D.

08/07/2008

Ambiance plombée à un mois des JO

A J-365, il y a eu une énorme fête spontanée et sincère. A J-30, à Pékin, les sourires se sont crispés. De nombreux Pékinois ne pensent même plus vouloir assister en direct aux épreuves, par crainte d’une « attaque terroriste de l’extérieur ou de l’intérieur » [entendre attaque terroriste des Ouighours, ces musulmans séparatistes du nord-ouest du pays], une menace qu’on leur rabâche à longueur de journée.
Si devant les étrangers ou en public, peu osent critiquer les JO, en privé, les critiques contre « ces Jeux » sont vives. « De 2001 au mois d’avril dernier, on était si heureux d’accueillir les jeux, confie une jeune fille anonymement. Mais depuis le Tibet, on a l’impression qu’on va passer un examen… et on nous met tellement la pression ! »
 
880214515.JPG
                                    A la sortie d’un briefing de 2000 agents de sécurité du district de Chaoyang à propos des JO, le 2 juillet ; le logo de la « police des Jeux » sur la chemise d’un agent. C.Dijkhuis/20 Minutes.
 
Et pour cause : depuis quatre mois, c’est la faction dure, la Sécurité Publique qui s’est imposée dans le cercle du pouvoir à Pékin, et dirige les choix du gouvernement. Le budget sécurité a été augmenté et signe visible dans toutes les rues, il y a trois semaines, les slogans à la gloire des Jeux ont été remplacés par des bannières rouges vantant « des Jeux sans incidents ».
 
Sans compter que la mise en place en avance des mesures de sécurité supplémentaires plombe encore plus l’ambiance. Depuis quelques jours, 2000 agents de sécurité passent aux rayons X tous les sacs dans le métro ; 3000 caméras ont été installées dans le district de Chaoyang, à proximité du village olympique et là où vivent en majorité les expatriés. Durant les Jeux, entre 30 000 et 100 000 policiers seront déployés. Les chiffres varient selon les sources ( !), mais ce qui est sûr, c’est que le chef de l’armée chinoise, Ma Xiaotian, a affirmé le mois dernier lors d’une conférence à Singapour que le dispositif de sécurité à Pékin serait « sans précédent ». Au rayon des coups de main occidentaux, Interpol assiste la Chine. La France n’est pas trop mal placée non plus puisque ce sont des hommes du RAID qui ont entraîné depuis janvier et jusqu’il y a quelques jours les forces spéciales chinoises. Hum…
1604358496.JPG
 
 
Panneau publicitaire sur le troisième périphérique de Pékin, vers le village olympique, qui tourne en boucle depuis fin mai.
1er écran : (L’armée) est vaillante et sait se battre.
2è écran : Remercier le peuple
3è écran : Obéir aux ordres du Parti, Etre au service du peuple, Etre courageux et se battre. » C.Dijkhuis/20 Minutes

Tout ce qui ressemblait trop à la fête a également été supprimé des programmes. Des centaines de festivals et d’animation – institutionnels ou commerciaux- organisés en marge du village olympique, ont été annulés.
On a l’impression que la frange dure du parti ne voit plus que dans ces Jeux l’occasion d’asseoir un peu plus son pouvoir. Le comité organisateur des Jeux a bien embauché une entreprise occidentale de communication, Hill&Knowlton, en avril dernier. « Ils nous embauchent, mais ils ne nous écoutent pas », affirme, sous couvert d’anonymat, un professionnel de la communication qui lui aussi travaille régulièrement pour le gouvernement chinois.
Oublier que les JO sont avant tout une fête, c’est la plus grosse erreur que pourrait commettre Pékin… lui qui avait réussi à effacer son ardoise avec le séisme du Sichuan et l’ouverture apparente du gouvernement de Wen Jiabao, trois mois après les événements au Tibet.
Caroline Dijkhuis 

04/07/2008

Les Chinois ne voudraient pas de Nicolas Sarkozy aux JO

La dépêche AFP est passée inaperçue, en plein dénouement de la libération d’Ingrid Betancourt. Il y a trois mois, en pleine « crise anti-française », ça aurait fait du bruit : 88% des internautes chinois ne sont pas favorables à ce que Nicolas Sarkozy vienne aux Jeux Olympiques, selon un sondage mené sur le site Sina.com.

284522554.JPG

 Légende: capture du site Sina.com, de la page spéciale consacrée au "sondage", titrant: "A l'attention du président français: les internautes chinois ne vous accueillent pas!"

C’est la réponse directe, selon les quotidiens chinois, à « la menace du président français de boycotter les Jeux Olympiques. » Et d’assurer haut et fort que déjà 100 000 internautes ont répondu à ce sondage, alors que Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il se prononcera sur sa venue à Pékin la semaine prochaine, lors du sommet du G8 qui se tiendra au Japon.

Un signe politique

« Ca ne sort pas maintenant, à presque cinq semaines des JO, par hasard, affirme Jean-François Huchet, directeur du centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC) à Hong-Kong. Il y a un véritable signe politique derrière tout ça. » Comme souvent dans l’histoire de l’internet en Chine, la manipulation par le gouvernement chinois apparaît en filigrane. Sina est l’un des grands portails d’information surveillé de près par le département de la censure ici à Pékin. « Ils veulent soit provoquer une réaction de Nicolas Sarkozy, lui faire entendre qu’il faut venir pour réparer les relations franco-chinoises, continue le directeur du CEFC. Soit Pékin a eu un signe comme quoi il ne viendrait pas, et il anticipe auprès de la population chinoise. » 

« 11% des Chinois qui sont contents que Sarkozy viennent, c’est un succès inespéré ! »

L’Ambassade se refuse à tout commentaire officiellement. Même si on penche plutôt pour une venue du président de la République, c’est l’inquiétude qui prévaut depuis que les résultats de ce sondage ont été publiés mercredi. L’Ambassadeur Hervé Ladsous, qui depuis le passage de la flamme à Paris a toujours montré qu’il voulait apaiser les choses, et avait même affirmé à Pékin que la France ne ferait pas de pression sur la Chine avant les jeux olympiques, a réuni jeudi lors d’une conférence téléphonique les consuls en place en Chine. Une chasse aux blogs sur la toile a été lancée. « On nous a demandé d’être extrêmement vigilants », confie une diplomate. Certains internautes, il est vrai, font écho au sondage de Sina, traitant parfois Nicolas Sarkozy de « nain » ou de « clown ». « 11% des Chinois qui sont contents que Sarkozy viennent, c’est un énorme succès, préfère retenir en plaisantant un autre diplomate. C’est inespéré après tout ce qui s’est passé depuis avril. » "Il y a fort à parier en tous cas que Nicolas Sarkozy n'aura pas une visite facile, s'il vient cet été", conclut Jean-François Huchet.

Caroline Dijkhuis

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu