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14/04/2008

De la dédiabolisation des Chinois

Finalement, le débat autour du respect des droits de l’homme par la Chine revient sur une scène de discussion de responsables politiques, après avoir été principalement brandi la semaine dernière par les citoyens occidentaux, notamment lors des passages de la flamme olympique dans leurs pays. Et c’est très bien. La Chine s’est indignée de « l’intrusion grossière » des députés européens et vient de protester contre la résolution sur le Tibet déposée par quelques sénateurs américains. Aujourd’hui, le président pakistanais Musharraf, en visite à Pékin, a pointé du doigt la « vision occidentale » des droits de l’homme – un point de plus pour lui, au passage, alors qu’il est en train de négocier un oléoduc entre le Pakistan et la Chine !

 

Ce recentrage « politique » de débat est une bonne nouvelle pour moi, inquiète des bruits reçus de France, où on me dit que certains ont tendance à confondre régime autoritaire de Pékin et peuple chinois. Or le débat avait l’air de se transformer en un affrontement entre peuples -nos dirigeants se sentant trop coincés par des engagements économiques pour réagir jusqu’à cette fin de semaine dernière-, et un amalgame aurait cristallisé les choses. Pour autant, ce n’est pas parce que le débat se recentre qu’il est inutile de vouloir expliquer que si tous les Chinois sont fiers, ils ne sont pas pour autant tous nationalistes. Que s’ils tiennent à leurs souverainetés au Tibet ou à Taiwan, ancrées dans leurs esprits à coups de matraquage propagandistes, ils ne sont pas pour autant opposés aux droits de l’homme… encore faudrait-ils qu’ils aient intérêt à réclamer cette notion « occidentale » des droits de l’homme. 

 

Bien sûr, dans les médias occidentaux, nous avons tous évoqué des réactions nationalistes cette semaine, car il fallait surveiller comment réagissait cette jeune génération, non seulement particulièrement fidèle au drapeau, mais en plus cible de la propagande sur les médias occidentaux biaisés. Etant souvent ceux qui pouvaient accéder par internet à des images ou des photos mis en ligne à l’ouest, Pékin se devait de décrédibiliser ces sources à leurs yeux. Mais cette génération est loin de refléter l’ensemble des Chinois, contrairement à ce que l’ambassadeur de Chine au Royaume-Uni affirmait hier dans le Sunday Telegraph. Quant aux Chinois d’outre-mer « sponsorisés », acheminés et habillés par leurs consulats sur le passage de la flamme, il ne faut pas oublier qu’il est souvent encore plus facile d’attiser le côté nationaliste des expatriés que des locaux.

 

« Les responsables de ces troubles en France, c’est le Dalaï-Lama et sa clique », me lâchait vendredi un chauffeur de taxi pékinois, qui n’en voulait pas du tout ni aux Français, ni aux autres Occidentaux, malgré ce que veux faire croire le gouvernement. Car si quelques Chinois parlant une langue étrangère ont pu accéder aux reportages des médias étrangers, la grande majorité n’a reçu que la vision des choses officielle, à laquelle il était impossible d’échapper. Et la ligne du parti était de montrer au « laobaixing », Chinois moyen, que les sabotages provenaient d’un ennemi unique : le « Dalaï ».

 

« Les droits de l’homme en Chine ? Vous savez, ce n’est pas si mal, continuait ce chauffeur de taxi. Les vieux touchent des retraites, les paysans ont eu leurs dettes annulées, et les étudiants ont un minimum de frais à payer. » Cette vision « toute chinoise » des droits de l’homme, très liée aux progrès économiques, explique bien que ce peuple entier ne va pas se lever d’un seul coup pour des droits politiques qu’il n’a quasiment jamais connu… et alors que la situation s’améliore globalement pour eux, encore plus depuis que Hu Jintao est aux commandes. Ils ne pensent qu’à rattraper leurs 50 ans de retard. Se reconstruire en une génération comme ils l’ont fait, de là où Mao les avait laissés, c’est déjà un exploit. A la fin des années 80, ils auraient bien été plus loin dans l’ouverture politique… contredisant les détracteurs de l’idée que les droits de l’homme ne pourraient s’adapter à la culture chinoise. Mais le couperet de 1989 a été net. Le spectre des manifestations avortées, s’il est encore tabou, a fait se renfermer une génération qui comptait de nombreux esprits ouverts… et convaincu les autres qu’il fallait s’enrichir tout en restant discrets.  

C. Dijkhuis 

16:51 Publié dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (5)

31/03/2008

Le 08.08.08.: l'autre chance pour la Chine?

La flamme sur la place Tiananmen - ou comment transformer les symboles. Ce matin, à 9 heures, au cœur de Pékin, le président Hu Jintao a remis la flamme olympique au champion du monde de 110 m haies (et star nationale) Liu Xiang. C’est une étape importante pour les Chinois ; la prochaine sera l’entrée de la flamme dans le stade olympique quand elle reviendra de son périple mondial et lancera les Jeux.

Je me rappelle de la première étape. Une télévision placée au milieu de la foule du village, branchée à un générateur. Un vieil homme qui lève les bras au ciel et explose de joie : on est en 2001, et la Chine vient d’apprendre qu’elle accueillera les Jeux Olympiques en 2008. Après des années de recul et d’enfermement, « les JO sont pour les Chinois le symbole du passage d’une ancienne à une jeune nation, d’un grand à un puissant pays », reconnaît le China Daily, un des journaux du parti. Pour officialiser un peu plus sa chance, ou conjurer le mauvais sort, Pékin a judicieusement choisi la date du coup d’envoi de l’évènement, le 8 août 2008 à 20 heures 08 : le 8 est un chiffre qui porte particulièrement bonheur en Chine. Et jusqu’ici, ça avait l’air de fonctionner.

Pendant sept ans, la Chine a réussi à convaincre qu’elle s’ouvrait, à gommer le côté dictatorial du régime de Pékin. Mieux encore : elle a fait croire à tout le monde que les JO auraient un effet positif et catalyseur sur sa société, y compris sur les droits de l’homme – même si maintenant tout le monde l’a compris, cette condition n’a jamais été inscrite dans le cahier des charges du CIO. Jusqu’il y a deux semaines, avec les premiers affrontements à Lhassa. Sans même se prononcer sur la souveraineté du Tibet, la simple façon qu’elle a choisit de gérer la crise est inacceptable : fermer une partie de son territoire aux médias et aux étrangers*, et par là même au reste du monde n’est pas digne d’un « pays puissant ». Oser demander au CIO la permission de retransmettre en différé les Jeux, c’est tout simplement se moquer du monde, au sens propre.

Boycotter les Jeux pour autant serait une erreur. Vu d’ici, ce débat paraît plus européen qu’autre chose, et particulièrement français. Le sinologue Jean-Luc Domenach se dit lui inquiet de la réaction potentielle parmi les Chinois, et il a raison : « il y a un tel nationalisme qui gronde, un boycott provoquerait une lame de fond inimaginable. »

En revanche, ces quatre mois qui précèdent les Jeux sont le moment où jamais pour faire pression sur Pékin sur la scène internationale politique, il y a une partie serrée à négocier – il ne faut pas la laisser passer, elle ne se représentera pas de si tôt. La Chine doit comprendre qu’elle ne peut plus indéfiniment faire du chantage, mettant son formidable marché potentiel de consommateurs dans la balance, comme elle le fait dans tous les échanges économiques. Elle a des devoirs maintenant. C’est sur ce processus politique que s’est engagée –courageusement- Angela Merkel. Reste à voir qui la suivra. En tous cas, ce serait presque une chance pour les Chinois que Pékin puisse  adoucir sa politique sans perdre trop la face : étant donné l’enjeu des JO ici, des concessions seraient peut-être imaginables du côté du régime chinois.
A Shanghai, Caroline Dijkhuis

*après avoir pourtant mis en application une nouvelle loi « facilitant » le travail des journalistes depuis le 1er janvier dernier !

 
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