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06/08/2008

JO: c'est parti pour les Pékinois!

 

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Vélodrome olympique, à 15 kms à l’ouest de la place Tiananmen. Il a fallu emprunter le cinquième périphérique (sur six) pour réussir à rattraper la flamme à temps. Une vraie épreuve en soi : la parcours a été gardé secret, non divulgué en détails à la presse étrangère. A mi-parcours, entre la place Tiananmen et le Temple du Ciel, on arrive en pleine banlieue populaire. « C’est un kuai (1 RMB=0,10 €) le drapeau, un kuai l’autocollant ! », hurle Zhang Qiang, bandeau rouge « Allez la Chine » autour de la tête, aux badauds en pause déjeuner. Les bébés agrippent des drapeaux entre leurs petits doigts, les plus grands se collent des autocollants sur les joues. Des dizaines de milliers de badauds sont agglutinés autour du parc d’attraction où va se dérouler le relais, certains franchissent même sans vergogne les rubans placés par la police - rarement osé en Chine.

Ferveur populaire

« C’est vraiment le début des JO pour les Pékinois, lance Zhou Mingyang, la vingtaine et les cheveux en pétard. L’ambiance n’était pas au top en juillet, il y a eu beaucoup de restrictions, mais on ne peut que les accepter si c’est pour la sécurité. » Zhang Weiwei a 20 ans et de la chance : il a reçu l’autorisation d’entrer après avoir fait la queue deux heures. « Je suis « volontaire », explique-t-il. Ils acceptent plus facilement de nous faire rentrer lorsqu’on est volontaires. C’est une grande chance… Pékin a attendu si longtemps pour avoir ces Jeux ! » Il a aperçu la flamme, portée par le 248è relayeur (il y en a 433 en tout ce mercredi), et il est heureux. « Les gens ne viennent pas pour plaire au gouvernement, ils sont vraiment heureux d’avoir ces Jeux : c’est important pour le développement de la Chine, pour l’économie, mais aussi pour l’ouverture. »

Un relais sous haute sécurité


Qu Yanling, lui, grogne doucement. Il est arrivé à 8 heures (le journal prévoyait que la torche passe entre 13 et 14 heures 30) et n’a pas réussi à voir la flamme, il repart bredouille. « Le relais est organisé dans un parc fermé, c’est dommage, mais c’est sûrement pour la sécurité », lâche le quadragénaire. A quelques mètres de lui, un camion attire les curieux. Parabole sur le toit, des écrans qu'on aperçoit à travers les vitres et deux caméras télescopiques qui pivotent à 360°. "Ca doit être un camion de régie télé", avance un des badauds. A ce détail près qu'il est marqué « Beijing Emergency Management ». C’est l’équipe d’intervention d’urgence de la police de Pékin.

16/07/2008

Ils se barricadent au pied du drapeau olympique

 

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Ils ont scotché les photos de tous les leaders communistes depuis Mao sur leur façade, et hissé le drapeau olympique, pour « se protéger ». La famille Yu, des marchands de marrons l’hiver, de boissons fraîches l’été, qui résident depuis 60 ans à quelques pas de la Cité interdite à Pékin, auraient du quitter leur 130 m2, dans lequel loge 14 personnes, depuis le 13 juillet. Mais ils le refusent. Ils se sont barricadés chez eux, en attendant que le gouvernement de Pékin leur promette une « meilleure compensation » que celle pour l’instant proposée.

1465141743.JPGIls ont été prévenus du projet immobilier qui allait effacer leur pâté de maison l’hiver dernier ; ils étaient les seuls à ne pas avoir quitté les lieux pour l’instant. Pour les encourager à partir vite, on leur a volé les machines à marrons cet hiver ; il y a quelques semaines, ce sont leurs frigos qui ont disparu.
Et puis, à quelques jours des Jeux Olympiques, on leur a fait comprendre qu’il fallait que l’avenue sur laquelle donne leur maison soit belle… mais voilà, les Yu n’ont pas du tout envie de voir leur dossier expédié à cause des JO. « Ils veulent faire une allée verte, et qu’on voit les murs rouges ressortir derrière, explique Cao Aihong, l’une des belles-filles. Nous, on est vraiment contents qu’il y ait les Jeux Olympiques, mais ils ne nous donnent que 346 000 yuans, 34 600 euros, pour déménager. On ne peut pas accepter ça ! Parce que dans ce quartier, vous ne pouvez même pas acheter des toilettes à ce prix-là ! »

La famille Yu bénéficie d’une attention particulière depuis hier de la part 545327985.2.JPGdes médias étrangers, car à quelques jours des JO, elle symbolise les nouveaux combats quotidiens des Chinois moyens contre les puissants… le tout sur un marché immobilier en plein boom. Sans oublier que selon le Centre des droits au logement et des évictions à Genève, entre 1 et 1,5 millions de personnes auraient été délogées pour construire les installations des JO. Les expropriations sont donc un thème très olympique.

1464941152.JPG Autour de la porte barricadée, les passants viennent lire les pièces du dossier que la famille a photocopiées et scotchées sur la palissade bleue électrique. « En 2002, on m’a forcé à quitter ma maison pour la détruire, et depuis, je n’ai toujours pas obtenu une bonne compensation, raconte Li Tian, polo jaune et la quarantaine bien entamée, en prenant des notes sur un cahier d’écolier. Je ne peux même pas les poursuivre en justice, le promoteur s’est appuyé sur le gouvernement pour démolir. Il y a trop d’arrangements pas équitables à Pékin. Les gens moyens n’ont pas le droit de défendre leur propriété. »

Un policier passe, caméscope au poing, et vient capturer les visages des journalistes qui commencent à arriver. De l’autre côté de la porte266218655.JPG vitrifiée, où on voit le visage du premier ministre Wen Jiabao en transparence, Cao Aihong lâche : « Ils ont peur qu’on fasse exploser le gaz, donc pour l’instant ils n’osent pas nous déloger. Mais s’ils utilisent la force, on sera bien obligés de partir. On n’est que des petites gens. Eux ils ont l’armée derrière eux ! »
Caroline Dijkhuis

photos: C.DIJKHUIS/20 MINUTES 

24/04/2008

Dans les coulisses de l’école des champions chinois

Quand on lui demande quel est son but dans la vie, Hu Jiamuwa, 9 ans, coupe au bol et polo rose, raquette de ping-pong dans la main, répond tout de go : « Championne du monde. Juste comme Zhang Yining ! » [médaille d’or à Athènes, ndlr] Puis rapidement, elle retourne enchaîner les balles dans l’une des salles d’entraînement du centre sportif de Shichahai, à Pékin. C’est notamment ici que s’entraînent des jeunes et des enfants admis dès l’âge de six ans à être les stars sportives chinoises de demain.

 

7f55e45e3e0f4b94d7c63323f678ea8e.jpg Deux couloirs plus loin, dans la salle de gymnastique, ce sont des gamines de sept-huit ans qui s’étirent sous l’œil d’une fillette âgée de deux ans de plus qu’elles, qui corrige inlassablement leurs mouvements et surveille le chronomètre. 3766bb3e18f727ced041fa1388865ce4.jpgPuis elles passent aux barres parallèles avec leur entraîneur. A Shichahai, on a déjà formé 3000 athlètes devenus professionnels, dans neuf disciplines, y compris le volley-ball, le badminton ou le taekwondo. L’école est fière de ses 32 champions internationaux et ses six champions olympiques… et attend avec impatience les sélections pour les équipes des Jeux de cet été, afin de voir qui des anciens de l’école a été choisi. 

 

L’école de Shichahai est flambant neuve, et c’est la seule que les journalistes étrangers ont le droit de visiter avec l’école de plongeon - cela n’aide pas l’observateur à avoir une vue neutre du système sportif chinois. Le centre est malgré tout au centre des critiques des médias occidentaux, qui lui reprochent un rythme d’enfer et un début des entraînements à un très jeune âge, rappelant les méthodes de l’Union soviétique.

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Mais ces critiques sont balayées par la directrice Shi Fenghua, qui préfère mettre en avant le système de sport-études, les auxiliaires de vie qui accompagnent les enfants et la présence de psychologues qui sont là à la moindre alerte. Et lors de la visite hebdomadaire, rien ne paraît à première vue très choquant ; dans la salle de taekwondo, l’entraînement semble étonnamment décontracté pour la Chine, avec une chanson en anglais où on entend un « fuck ! » tonitruant, qui tranche avec la ligne des officiels du sport du parti.

Nicolas Brocard, un jeune Français en stage de tennis de table pour trois mois là-bas, confirme. « Les petites du ping-pong sont très épanouies, et je n’ai pour l’instant pas vu de maltraitance, comme c’est parfois suggéré dans les médias. Elles savent déconner pendant les pauses. » Avant de préciser : « Ca n’empêche rien à la rigueur de l’entraînement : avant de commencer, elles sont rassemblées par tailles, les coaches relèvent leurs erreurs une par une. Puis aux tables, on entend les mouches voler. En France, on est plus créatif, mais moins rigoureux. »

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Il n’empêche que le programme est très chargé. « On se rassemble à 6 heures dans la cour, et on court jusqu’à 7 heures et demies. Ensuite on a le petit-déjeuner. Puis on s’occupe des tâches domestiques, on se repose et on s’entraîne. A 11 heures, on déjeune, puis on s’entraîne. Tous les jours on mange, s’entraîne, dort, mange, s’entraîne, dort… », raconte Jiang Jun, 23 ans, intégré à l’équipe professionnelle de tækwondo de l’école. Des Canadiens sont venus en stage il y a quelques semaines. « Ils nous ont dit que s’entraîner avec nous, c’était l’enfer. » Dans la salle de taewkondo, le but national est exposé en toutes lettres sur une grande bannière rouge : « Visons les Jeux Olympiques, montrons une attitude élégante, réalisons notre objectif, faisons renaître les splendeurs. »

Les méthodes chinoises, essentiellement basées sur l’assimilation répétée et intensive des gestes, sont largement décriées par Gaëtan Le Brigant, qui a conseillé les équipes olympiques de basket jusqu’en février dernier. « L’une des caractéristiques du sport chinois c’est le volume d’entraînement, des répétitions, qui font qu’il n’y a plus rien d’explosif », explique-t-il. Et qui use aussi selon lui les athlètes, ou provoque des blessures plus fréquentes et qui mettent plus de temps à guérir que dans les autres équipes.

Justement Jiang Jun est interdit de combat pour quatre mois à cause d’une blessure au pied qui refuse de guérir. « Je me suis fait mal à un entraînement, mais je n’y ai pas attaché d’importance, je pensais que je pouvais continuer à m’entraîner, avoue-t-il cantonné au punching-ball. Maintenant, je regrette. » Les enfants sont aussi d’autant plus sérieux qu’ils reçoivent une terrible pression des parents, qu’ils aient été repérés par des entraîneurs de Pékin en visite dans les provinces, ou envoyés directement par leurs familles. La scolarité est chère, 3.500 euros par an, et seule une partie des élèves est prise en charge par l’Etat - plus de 50% d’entre eux, selon l’école, mais cette proportion serait bien inférieure selon nos informations.

L’Américaine Susan Brownell, qui a étudié le sportif chinois depuis quinze ans, et vient de publier le livre Beijing’s Games : What the Olympics mean to China, préfère mettre en perspective les méthodes chinoises. « Croyez-moi, aux Etats-Unis, j’ai vu des parents pousser leurs enfants, et des petites s’entraîner à toutes heures en patin à glace », a-t-elle confié il y a dix jours au Wall Street Journal. « Ici, soit tu as envie et on te donne les moyens, soit tu dégages, analyse en conclusion Nicolas Brocard, classé 40 en France. En France, c’est toujours moitié-moitié. »

La Chine a terminé deuxième au tableau des médailles d’or à Athènes en 2004, et a un temps mis en avant l’objectif de dépasser les Etats-Unis et d’être les premiers à Pékin, avant le nier publiquement. A Shichahai, cela n’empêche pas les enfants de tous avoir un rêve identique à celui de la pongiste Hu Jiamuwa. « Mais tout au plus, ce sera 10% d’entre eux qui pourront un jour décrocher une médaille d’or », affirme Zhao Gengpo, coach de gymnastique depuis 10 ans à Shichahai. En attendant, Hu Jiamuwa, à sa table de ping-pong ralentit le rythme : la Mexicaine qui joue en face d’elle et qui a cinq ans de plus, n’arrive pas à suivre.

A Pékin, Caroline Dijkhuis

Voir aussi le diaporama de l’école de plongeon.

31/03/2008

« Aux Jeux Olympiques, il y aura des courses de bœufs ! »

Le Dongxiang, c’est l’une des terres les plus reculées et les plus pauvres de Chine. Les habitants, des musulmans descendants des soldats de Gengis Khan, ont vécu en autarcie dans les montagnes enclavées du Gansu (nord-ouest de la Chine) depuis le 13e siècle et jusqu’il y a cinquante ans. Certains d’entre eux ne savent parfois pas qu’ils sont Chinois. Et pourtant, même eux ont entendu parler des Jeux de Pékin. Mais le message n’est pas toujours passé comme le prévoyait la massive propagande chinoise…

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A cinq minutes à peine d’une des sorties de l’autoroute qui traverse le Gansu, on s’engage en pays Dongxiang entre de grandes montagnes de terre ocre. La voie bitumée se transforme en route de cailloux poussiéreux. On a l’impression d’arriver dans un cul-de-sac, que la Chine s’arrête là. Des deux côtés, on voit les griffes de pelleteuse : le chauffeur, un gars du coin émigré à Lanzhou, la capitale de province, explique que nous avons de la chance : jusqu’à l’an dernier, il n’y avait qu’un simple chemin pour traverser le Dongxiang d’un bout à l’autre. 


De la route, on voit au loin des regroupements de maisonnettes, des trous de grottes, dans lesquelles les gens duab61eb0b5bb33930d17b14de75e61bc6.jpg Dongxiang ont longtemps vécu. Gao Zuliha, 50 ans, hidjab noir jusqu’aux épaules, habite une cabane en briques et attend que le temps passe. Elle est tellement loin du reste du monde qu’il n’est pas étonnant qu’elle échappe au matraquage médiatique qui sévit dans toute la Chine. Deux enfants en bas âge s’agrippent à ses jambes. « La Chine, je ne sais pas ce que c’est, affirme-t-elle. Mais j’ai su par d’autres que j’étais Chinoise. » Quand on lui demande ce que sont les Jeux Olympiques, elle répond « un rassemblement, qui aura lieu en 2008 », mais en ce qui concerne Pékin, elle ne sait pas dans quel pays se trouve cette ville.

 

8ce80cf133dcba98b032a0f62cd9d088.jpgQuelques kilomètres plus loin, on traverse la « capitale » du Dongxiang, un gros village où les villageois convergent pour se rendre au marché. Une petite place en marge de la rue principale abrite le marché aux bêtes, réservé aux hommes. Un vieil homme, calotte sur la tête et barbichette blanche, accueille par des moqueries la question naïve « Le Dongxian fait-il partie de la Chine ? » « Bien sûr que nous sommes Chinois ! Et les Jeux Olympiques, je peux vous dire que c’est une très grande compétition sportive, explique-t-il entre deux72d9df7d78e35bdd41ffd9c3211fa861.jpg postillons, à la limite de l’agacement. Ca se passe dans les grandes villes, comme Pékin, Shanghai… il n’y en aura pas dans le Dongxiang. Mais on y disputera de nombreuses disciplines… comme le patinage à glace ou les courses de chevaux, il y aura même des courses de bœufs ! »

4ee48fddede7bca5a060b5c4b521b712.jpgToujours un peu plus loin, à 50 mètres en contrebas de la route, Zhang Shiguo confectionne des briques pour reconstruire sa maison détruite par les intempéries. En attendant, cet homme de 44 ans a réemménagé avec sa femme et ses deux enfants dans la grotte qui avait été creusée par ses parents. Sur le poêle, une casserole pleine de pommes de terre –la seule chose qui pousse dans le Dongxiang, sur la table, un peu de pain. Zhang Shiguo est tellement pauvre que cette année, il n’a pas pu s’acheter de viande, même pour Nouvel an. « Les Jeux olympiques, on sait que c’est un rassemblement, mais on ne sait pas de quoi exactement. En tous cas, c’est une bonne chose : après ça, la Chine sera développée, avance-t-il. Moi, tout ce que je sais, c’est que ça se passe à Pékin, en 2008. Il reste 164 jours. Je l’ai entendu à la radio, ils font le décompte tous les jours. »

Envoyée spéciale dans le Dongxiang, C. Dijkhuis

 
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