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24/04/2008

Dans les coulisses de l’école des champions chinois

Quand on lui demande quel est son but dans la vie, Hu Jiamuwa, 9 ans, coupe au bol et polo rose, raquette de ping-pong dans la main, répond tout de go : « Championne du monde. Juste comme Zhang Yining ! » [médaille d’or à Athènes, ndlr] Puis rapidement, elle retourne enchaîner les balles dans l’une des salles d’entraînement du centre sportif de Shichahai, à Pékin. C’est notamment ici que s’entraînent des jeunes et des enfants admis dès l’âge de six ans à être les stars sportives chinoises de demain.

 

7f55e45e3e0f4b94d7c63323f678ea8e.jpg Deux couloirs plus loin, dans la salle de gymnastique, ce sont des gamines de sept-huit ans qui s’étirent sous l’œil d’une fillette âgée de deux ans de plus qu’elles, qui corrige inlassablement leurs mouvements et surveille le chronomètre. 3766bb3e18f727ced041fa1388865ce4.jpgPuis elles passent aux barres parallèles avec leur entraîneur. A Shichahai, on a déjà formé 3000 athlètes devenus professionnels, dans neuf disciplines, y compris le volley-ball, le badminton ou le taekwondo. L’école est fière de ses 32 champions internationaux et ses six champions olympiques… et attend avec impatience les sélections pour les équipes des Jeux de cet été, afin de voir qui des anciens de l’école a été choisi. 

 

L’école de Shichahai est flambant neuve, et c’est la seule que les journalistes étrangers ont le droit de visiter avec l’école de plongeon - cela n’aide pas l’observateur à avoir une vue neutre du système sportif chinois. Le centre est malgré tout au centre des critiques des médias occidentaux, qui lui reprochent un rythme d’enfer et un début des entraînements à un très jeune âge, rappelant les méthodes de l’Union soviétique.

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Mais ces critiques sont balayées par la directrice Shi Fenghua, qui préfère mettre en avant le système de sport-études, les auxiliaires de vie qui accompagnent les enfants et la présence de psychologues qui sont là à la moindre alerte. Et lors de la visite hebdomadaire, rien ne paraît à première vue très choquant ; dans la salle de taekwondo, l’entraînement semble étonnamment décontracté pour la Chine, avec une chanson en anglais où on entend un « fuck ! » tonitruant, qui tranche avec la ligne des officiels du sport du parti.

Nicolas Brocard, un jeune Français en stage de tennis de table pour trois mois là-bas, confirme. « Les petites du ping-pong sont très épanouies, et je n’ai pour l’instant pas vu de maltraitance, comme c’est parfois suggéré dans les médias. Elles savent déconner pendant les pauses. » Avant de préciser : « Ca n’empêche rien à la rigueur de l’entraînement : avant de commencer, elles sont rassemblées par tailles, les coaches relèvent leurs erreurs une par une. Puis aux tables, on entend les mouches voler. En France, on est plus créatif, mais moins rigoureux. »

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Il n’empêche que le programme est très chargé. « On se rassemble à 6 heures dans la cour, et on court jusqu’à 7 heures et demies. Ensuite on a le petit-déjeuner. Puis on s’occupe des tâches domestiques, on se repose et on s’entraîne. A 11 heures, on déjeune, puis on s’entraîne. Tous les jours on mange, s’entraîne, dort, mange, s’entraîne, dort… », raconte Jiang Jun, 23 ans, intégré à l’équipe professionnelle de tækwondo de l’école. Des Canadiens sont venus en stage il y a quelques semaines. « Ils nous ont dit que s’entraîner avec nous, c’était l’enfer. » Dans la salle de taewkondo, le but national est exposé en toutes lettres sur une grande bannière rouge : « Visons les Jeux Olympiques, montrons une attitude élégante, réalisons notre objectif, faisons renaître les splendeurs. »

Les méthodes chinoises, essentiellement basées sur l’assimilation répétée et intensive des gestes, sont largement décriées par Gaëtan Le Brigant, qui a conseillé les équipes olympiques de basket jusqu’en février dernier. « L’une des caractéristiques du sport chinois c’est le volume d’entraînement, des répétitions, qui font qu’il n’y a plus rien d’explosif », explique-t-il. Et qui use aussi selon lui les athlètes, ou provoque des blessures plus fréquentes et qui mettent plus de temps à guérir que dans les autres équipes.

Justement Jiang Jun est interdit de combat pour quatre mois à cause d’une blessure au pied qui refuse de guérir. « Je me suis fait mal à un entraînement, mais je n’y ai pas attaché d’importance, je pensais que je pouvais continuer à m’entraîner, avoue-t-il cantonné au punching-ball. Maintenant, je regrette. » Les enfants sont aussi d’autant plus sérieux qu’ils reçoivent une terrible pression des parents, qu’ils aient été repérés par des entraîneurs de Pékin en visite dans les provinces, ou envoyés directement par leurs familles. La scolarité est chère, 3.500 euros par an, et seule une partie des élèves est prise en charge par l’Etat - plus de 50% d’entre eux, selon l’école, mais cette proportion serait bien inférieure selon nos informations.

L’Américaine Susan Brownell, qui a étudié le sportif chinois depuis quinze ans, et vient de publier le livre Beijing’s Games : What the Olympics mean to China, préfère mettre en perspective les méthodes chinoises. « Croyez-moi, aux Etats-Unis, j’ai vu des parents pousser leurs enfants, et des petites s’entraîner à toutes heures en patin à glace », a-t-elle confié il y a dix jours au Wall Street Journal. « Ici, soit tu as envie et on te donne les moyens, soit tu dégages, analyse en conclusion Nicolas Brocard, classé 40 en France. En France, c’est toujours moitié-moitié. »

La Chine a terminé deuxième au tableau des médailles d’or à Athènes en 2004, et a un temps mis en avant l’objectif de dépasser les Etats-Unis et d’être les premiers à Pékin, avant le nier publiquement. A Shichahai, cela n’empêche pas les enfants de tous avoir un rêve identique à celui de la pongiste Hu Jiamuwa. « Mais tout au plus, ce sera 10% d’entre eux qui pourront un jour décrocher une médaille d’or », affirme Zhao Gengpo, coach de gymnastique depuis 10 ans à Shichahai. En attendant, Hu Jiamuwa, à sa table de ping-pong ralentit le rythme : la Mexicaine qui joue en face d’elle et qui a cinq ans de plus, n’arrive pas à suivre.

A Pékin, Caroline Dijkhuis

Voir aussi le diaporama de l’école de plongeon.

 
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