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16/07/2008

Ils se barricadent au pied du drapeau olympique

 

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Ils ont scotché les photos de tous les leaders communistes depuis Mao sur leur façade, et hissé le drapeau olympique, pour « se protéger ». La famille Yu, des marchands de marrons l’hiver, de boissons fraîches l’été, qui résident depuis 60 ans à quelques pas de la Cité interdite à Pékin, auraient du quitter leur 130 m2, dans lequel loge 14 personnes, depuis le 13 juillet. Mais ils le refusent. Ils se sont barricadés chez eux, en attendant que le gouvernement de Pékin leur promette une « meilleure compensation » que celle pour l’instant proposée.

1465141743.JPGIls ont été prévenus du projet immobilier qui allait effacer leur pâté de maison l’hiver dernier ; ils étaient les seuls à ne pas avoir quitté les lieux pour l’instant. Pour les encourager à partir vite, on leur a volé les machines à marrons cet hiver ; il y a quelques semaines, ce sont leurs frigos qui ont disparu.
Et puis, à quelques jours des Jeux Olympiques, on leur a fait comprendre qu’il fallait que l’avenue sur laquelle donne leur maison soit belle… mais voilà, les Yu n’ont pas du tout envie de voir leur dossier expédié à cause des JO. « Ils veulent faire une allée verte, et qu’on voit les murs rouges ressortir derrière, explique Cao Aihong, l’une des belles-filles. Nous, on est vraiment contents qu’il y ait les Jeux Olympiques, mais ils ne nous donnent que 346 000 yuans, 34 600 euros, pour déménager. On ne peut pas accepter ça ! Parce que dans ce quartier, vous ne pouvez même pas acheter des toilettes à ce prix-là ! »

La famille Yu bénéficie d’une attention particulière depuis hier de la part 545327985.2.JPGdes médias étrangers, car à quelques jours des JO, elle symbolise les nouveaux combats quotidiens des Chinois moyens contre les puissants… le tout sur un marché immobilier en plein boom. Sans oublier que selon le Centre des droits au logement et des évictions à Genève, entre 1 et 1,5 millions de personnes auraient été délogées pour construire les installations des JO. Les expropriations sont donc un thème très olympique.

1464941152.JPG Autour de la porte barricadée, les passants viennent lire les pièces du dossier que la famille a photocopiées et scotchées sur la palissade bleue électrique. « En 2002, on m’a forcé à quitter ma maison pour la détruire, et depuis, je n’ai toujours pas obtenu une bonne compensation, raconte Li Tian, polo jaune et la quarantaine bien entamée, en prenant des notes sur un cahier d’écolier. Je ne peux même pas les poursuivre en justice, le promoteur s’est appuyé sur le gouvernement pour démolir. Il y a trop d’arrangements pas équitables à Pékin. Les gens moyens n’ont pas le droit de défendre leur propriété. »

Un policier passe, caméscope au poing, et vient capturer les visages des journalistes qui commencent à arriver. De l’autre côté de la porte266218655.JPG vitrifiée, où on voit le visage du premier ministre Wen Jiabao en transparence, Cao Aihong lâche : « Ils ont peur qu’on fasse exploser le gaz, donc pour l’instant ils n’osent pas nous déloger. Mais s’ils utilisent la force, on sera bien obligés de partir. On n’est que des petites gens. Eux ils ont l’armée derrière eux ! »
Caroline Dijkhuis

photos: C.DIJKHUIS/20 MINUTES 

 
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