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31/03/2008

Le 08.08.08.: l'autre chance pour la Chine?

La flamme sur la place Tiananmen - ou comment transformer les symboles. Ce matin, à 9 heures, au cœur de Pékin, le président Hu Jintao a remis la flamme olympique au champion du monde de 110 m haies (et star nationale) Liu Xiang. C’est une étape importante pour les Chinois ; la prochaine sera l’entrée de la flamme dans le stade olympique quand elle reviendra de son périple mondial et lancera les Jeux.

Je me rappelle de la première étape. Une télévision placée au milieu de la foule du village, branchée à un générateur. Un vieil homme qui lève les bras au ciel et explose de joie : on est en 2001, et la Chine vient d’apprendre qu’elle accueillera les Jeux Olympiques en 2008. Après des années de recul et d’enfermement, « les JO sont pour les Chinois le symbole du passage d’une ancienne à une jeune nation, d’un grand à un puissant pays », reconnaît le China Daily, un des journaux du parti. Pour officialiser un peu plus sa chance, ou conjurer le mauvais sort, Pékin a judicieusement choisi la date du coup d’envoi de l’évènement, le 8 août 2008 à 20 heures 08 : le 8 est un chiffre qui porte particulièrement bonheur en Chine. Et jusqu’ici, ça avait l’air de fonctionner.

Pendant sept ans, la Chine a réussi à convaincre qu’elle s’ouvrait, à gommer le côté dictatorial du régime de Pékin. Mieux encore : elle a fait croire à tout le monde que les JO auraient un effet positif et catalyseur sur sa société, y compris sur les droits de l’homme – même si maintenant tout le monde l’a compris, cette condition n’a jamais été inscrite dans le cahier des charges du CIO. Jusqu’il y a deux semaines, avec les premiers affrontements à Lhassa. Sans même se prononcer sur la souveraineté du Tibet, la simple façon qu’elle a choisit de gérer la crise est inacceptable : fermer une partie de son territoire aux médias et aux étrangers*, et par là même au reste du monde n’est pas digne d’un « pays puissant ». Oser demander au CIO la permission de retransmettre en différé les Jeux, c’est tout simplement se moquer du monde, au sens propre.

Boycotter les Jeux pour autant serait une erreur. Vu d’ici, ce débat paraît plus européen qu’autre chose, et particulièrement français. Le sinologue Jean-Luc Domenach se dit lui inquiet de la réaction potentielle parmi les Chinois, et il a raison : « il y a un tel nationalisme qui gronde, un boycott provoquerait une lame de fond inimaginable. »

En revanche, ces quatre mois qui précèdent les Jeux sont le moment où jamais pour faire pression sur Pékin sur la scène internationale politique, il y a une partie serrée à négocier – il ne faut pas la laisser passer, elle ne se représentera pas de si tôt. La Chine doit comprendre qu’elle ne peut plus indéfiniment faire du chantage, mettant son formidable marché potentiel de consommateurs dans la balance, comme elle le fait dans tous les échanges économiques. Elle a des devoirs maintenant. C’est sur ce processus politique que s’est engagée –courageusement- Angela Merkel. Reste à voir qui la suivra. En tous cas, ce serait presque une chance pour les Chinois que Pékin puisse  adoucir sa politique sans perdre trop la face : étant donné l’enjeu des JO ici, des concessions seraient peut-être imaginables du côté du régime chinois.
A Shanghai, Caroline Dijkhuis

*après avoir pourtant mis en application une nouvelle loi « facilitant » le travail des journalistes depuis le 1er janvier dernier !

 
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