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06/08/2008

Les Chinois «love» leur pays

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Si vous n’aimez pas la Chine, nous, nous l’aimons et nous le montrons, semblent dire les Chinois à leurs hôtes étrangers à l’approche des Jeux. Depuis un mois, les drapeaux rouges aux 5 étoiles, symbole du parti communiste dirigeant la nation, déferlent dans les rues de Pékin. Sur la devanture des magasins, au coin des pare-brises, sur les tables de restaurants, ils sont partout. Les tee-shirts «I love China», «I love China more than ever» (j’aime la Chine plus que jamais) ou «Listen to China’s voice!» (écoutez la voix de la Chine!) se vendent aussi comme des petits pains, notamment depuis les événements du Tibet, en mars.

Au Yashow, temple pékinois des fringues pas chères, le tee-shirt «I love China» ne part pas qu’aux mains des touristes étrangers. «J’en vends 80 par jour et beaucoup à des Chinois», assure Li, postée près de l’entrée. Intempéries hivernales, affaire tibétaine, séisme, inondations, en 2008, la Chine a presque essuyé tous les fléaux bibliques. Après le séisme, Xiao Meng, 30 ans, a décidé d’acheter un tee-shirt sur l'Internet: «Sur les 3 €, 10% ont été reversés aux victimes», souligne-t-elle. Comme l’explique Xu Tiebing, professeur à l’université des Communications de Pékin, il est «naturel que les Chinois se replient sur la nation en période de catastrophe, et fassent assaut de solidarité». Si leur patriotisme s’est politisé après les événements de Lhassa au Tibet, il ne s’agit pas, selon lui d’un sentiment  xénophobe. «Rien à voir en tout cas avec ce que peut susciter le Front national en France.»

Business du patriotisme

Déjà en 2005, au moment de la réapparition des tensions territoriales avec le Japon, le tee-shirt «Rendez-nous les îles Diaoyu» avait rencontré un franc succès. Comme ailleurs, business et patriotisme font parfois bon ménage. Pour Wang, 28 ans, traducteur à Pékin, l’engouement nationaliste périodique concerne surtout les jeunes générations. «Même si les gens sont d’accord avec ce qui est écrit sur les tee-shirts, ils préfèrent exprimer leurs idées autrement que par des slogans aussi simplistes. Seuls les ados les portent, ce que mes parents par exemple ne feraient pas.»

Dans les modèles de tee-shirts proposés à la vente, l’un d’entre eux apparaît peu politiquement correct aux yeux d’un Occidental : «I love Tibet but I hate Dalai Lama». Leo (nom anglais), 17 ans et élève de lycée, trouve le slogan «un peu fort». Amanda, 29 ans, le trouve «ok, quoique trop politique», mais n’aime pas le design «un peu enfantin.» Quant à Wang, il relativise, un peu gêné: «Les gens qui portent ce tee-shirt soutiennent d’abord l’unité nationale. Nous espérons que les informations qui nous sont données sont vraies.»

Certes, le sentiment national va dans le sens du gouvernement, exutoire aux problèmes de fond, mais ce dernier cherche malgré tout à le canaliser, interdisant par exemple le port de tee-shirts «I love China» dans les stades. «Le sentiment national varie selon les périodes, rappelle Xu Tiebing. Même si elles l’encouragent, les autorités politiques sont aujourd’hui un peu dépassées.» Reste à savoir si les tee-shirts auront toujours le même succès quand les étrangers auront plié bagage.

Hélène Duvigneau

 
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